Pédagogie

1- Texte sur l'habilitation à diriger des recherches

On peut considérer qu'il y a quasi unanimité à propos de l'importance fondamentale de l'Habilitation à diriger des recherches (Hdr.) qui, aux termes de l'arrêté du 28 novembre 1988, doit sanctionner la capacité à " concevoir " et à " diriger " des activités de recherche. De même, il paraît urgent de procéder à une harmonisation des critères susceptibles de guider une pratique, cela afin d'éviter des disparités pour les candidats et une évidente dépréciation de l'Hdr. lorsqu'elle est régie, non par une haute exigence scientifique, mais par telle précipitation opportuniste à courte vue. Les commissions de spécialistes y trouveraient avantage dans la mesure où elles se voient soumettre des dossiers souvent fort différents.

S'agissant du dossier d'Habilitation, les caractéristiques suivantes devraient permettre d'adopter une position moyenne commune.

* Un dossier scientifique post- thèse solide : une douzaine d'articles de qualité, non répétitifs et issus, soit de communications lors de colloques nationaux ou internationaux, soit de publications d'audience nationale. Une étude scientifique majeure d'une centaine de pages, située dans le champ général de la recherche, et attestant, dans toute la mesure du possible, de l'esprit de synthèse et de la hauteur de vue du candidat devrait accompagner les analyses plus ponctuelles proposées par les articles.

On comprendra que ce souci de qualité, inspiré par les prérogatives qui s'attachent à l'Hdr. (direction de recherche, poste professoral), suppose que le chercheur dispose d'un laps de temps suffisant après soutenance de la thèse. On pourrait situer ce délai à cinq ans minimum, avec des dérogations possibles pour des candidats chevronnés ayant une recherche ancienne et avérée. Une recherche, en effet, nécessite du temps pour mûrir et s'affirmer. La présence du rapport de soutenance de thèse dans le dossier de demande de Hdr. serait de nature à permettre aux jurys d'habilitation une meilleure appréhension de l'évolution scientifique du candidat. Si l'on peut comprendre un certain souci de continuité, ces jurys, cependant, ne devraient pas être rigoureusement identiques à ceux de la thèse de doctorat ; la présence, en particulier, de membres extérieurs indépendants est très souhaitable.

* Prévue par les articles de loi, la synthèse mérite d'être quelque peu définie dans la mesure où elle doit être le moment où le candidat met en perspective critique l'ensemble de sa démarche et de sa production. Tout comme le dossier scientifique, elle requiert un certain temps de maturation.

Elle ne saurait être un simple historique plus ou moins commenté des travaux. Puisqu'il s'agit d'une évaluation de l'aptitude à diriger des recherches, la synthèse doit permettre d'apprécier un parcours scientifique, ses étapes, sa méthodologie, son arrivée à maturité, ses perpectives, et cela à partir d'une recherche dûment avérée. Par ailleurs, cette même synthèse, en problématisant la démarche et le parcours suivis, peut mettre également en lumière les territoires nouveaux explorés depuis la thèse : rechercher, c'est à la fois enrichir et approfondir.

* Il semble se dégager un consensus sur l'avantage qu'il y aurait, pour les candidats, à bénéficier des conseils d'un directeur ou tuteur tout au long de l'élaboration du dossier de demande d'habilitation. Cela serait propre à éviter des échecs, par nature déplaisants, et homogénéiserait probablement une procédure fondamentale qui, à la pratique, se révèle quelque peu disparate.

Compte tenu des enjeux scientifiques et humains de l'Hdr., il est juste que nos jeunes collègues aient droit à une règle du jeu identique et explicite. De même, il est souhaitable que les différentes instances appelées à se prononcer lors de cette procédure disposent d'une base d'appréciation aussi commune que possible.

[Ce texte est dû au travail de Christian Giudicelli et de Marie- Claire Zimmerrnann].