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VERS LA NOTION DE CHRONOLECTE ?
quelques j=
alons
à propos du français préclassique
La motivation de cet article[1] e= st un constat sur lequel j'espère que la plupart des grammairiens spécialistes de diachronie, notamment Monsieur = Rickard[2], = me rejoindront : nous n’avons peut-être pas assez travaillé encore, me semble-t-il, sur la théorisation claire = de la notion d’état de langue et en restons parfois, dans = la périodisation, à une certaine approximation. Peut-on faire mi= eux?
G. Matoré dans sa Méth=
ode en
lexicologie [Matoré 1973, 58] pointa=
it
jadis, pour l'histoire du français, cette lacune et proposait de
périodiser de façon programmatique l'histoire du franç=
ais
en tranches de 30 à 36 ans, moyenne de la vie sociale util=
e.
Son point de vue de lexicologue était pour beaucoup dans cette
idée. Elle reposait sur le sentiment que chaque généra=
tion
apporte son lot de changements à la vie sociale, intellectuelle,
artistique, politique et, avec lui, une série de néologies
. Beaucoup d'années ont passé depuis et surtout cette
proposition ne prétendait pas valoir pour les niveaux phonologique,
morphologique et syntaxique. Devons-nous renoncer à périodise=
r au
motif que l'idiome est en constant changement? Ce serait se vouer à
l'impuissance. Chacun s'y emploie, limitant la “ langue =
221;
qu'il va décrire, souvent entre des dates rondes: français
classique [ Fournier 1998, 15 qui retient le=
XVIIe
siècle comme tranche chronologique ], langue française du =
XVIIIè siècle [Seguin 19=
72] langue
française des XIVè et =
XVè siècles [Marchello-Nizia
1979 ], langue française du seizième siècle [Gougenheim, 1951-1973], français pré-classique (Le français pré-classique, revue =
INaLF/Didier).
Loin de moi l'idée de m'ériger en juge (je n'ai ni la
qualité ni la prétention de le faire). Ce que je constate
simplement, c'est que nous sautons peut-être un peu vite sur cette
question pourtant importante : comment pouvons-nous (et sommes-nous
fondés à) circonscrire une tranche de l’histoire d̵=
7;un
idiome[3] p=
our
l’ériger en objet de science ? ou
plus précisément comment pouvons-nous effectuer cette
nécessaire opération de façon optimale?
&= nbsp; Une recherche bibliographique faite en ligne avec le World= cat[4] ne donne rien à la rubrique chronolecte/chronolect ou tout autre possible équivale= nt néologique dans le jargon linguistique. D'autre part une recherche similaire avec les mots-clés 'périodisation/ periodization' ne donne guère que des travaux en histoire, en psychologie ou en littérature, non en linguistique[5] Y a-t-il là une aporie? Un lieu d'embarras?
&nb=
sp; Ce
qui suit ne prétend évidemment pas dire sur cette question le
dernier mot mais plutôt avancer quelques propositions et tenter
déjà, fût-ce de façon incomplète, une
application. Ce que je voudrais, en clair, c'est essayer de donner quelque
consistance conceptuelle à un signe linguistique en quête de
signifié: le mot chronolecte dont=
la
composition rejoindrait la longue liste des néologismes de la
sociolinguistique variationnelle: idiolecte, régiolecte, sociolecte, a=
crolecte,
basilecte.
Je com= mencerai par une évidence: un chronolecte, si ce = signe devait avoir quelque force référentielle, ne saurait êt= re la somme des idiolectes circonscrits par des bornes chronologiques. Pour de= ux raisons notamment :
- dans= une période donnée, il y a hétérogénéité des pratiques linguistique= s en raison des nombreux paramètres sociaux (âge, sexe, lieu de naissance, milieu social d'origine, acculturation, situation formelle ou informelle etc.).
- un chronolec= te ne saurait être autre chose selon moi qu'une construction à pa= rtir d'idiolectes observés mais une construction qui ne leur est pas coextensive. Un artéfact. De quelle nature peut bien être cette construction ?
Il m’a semblé que pour avancer un peu sur cette question l’exemple de la dialectologie pourr= ait nous être utile. Ce sera mon hypothèse de travail. En effet ce= que nous essayons de définir dans le temps, la dialectologie s’y e= st attelée dans l’espace géographique. Mais où sont= les difficultés?
Sans v= ouloir réduire ce champ à un modèle unique, il peut être bon de résumer ici les acquis d'une série de méthodes,= non dans l'éparpillement de leurs spécificités mais dans la vulgate à laquelle elle aboutit:
- une enquête dialectologique repose sur l'idée de la variabilit&eac= ute; des pratiques linguistiques dans l'espace.
- elle= repose également sur un corpus qui n'est évidemment qu'une faible partie des virtualités linguistiques de tout locuteur. Elle est un sondage.
- assez souvent, pour des raisons variées, elle vise un niveau de l'analyse linguistique, voire une variable.
- une = préenquête qui peut parfois n'être qu'une approximation isole dans les pratiques linguistiques une ou plusieurs zones de variation.
- la v= ariable ou la liste de variables est soumise à un maillage de témoins présumé représentatif de la population concernée . Avec des méthodes plus ou moins adroites, on s'efforce d'obtenir des informateurs la production des unités susceptibles d'activer la zone variationnelle. Lorsque les réponses deviennent distinctes, on trace alors ce qu’on appell= e un isoglosse, c’est-à-dire une ligne cont= inue délimitant idéalement, en fonction des témoins interrogés, les deux zones que le questionnaire a contrastées= .
C̵=
7;est
à partir de là que les choses se compliquent. En effet tout
devient affaire de plus ou moins grande distinction. Normalement, lorsque la
carte dialectale offre à un endroit ce qu’on appelle un bourre=
let
d'isoglosses approximativement parallèles (en anglais bundle of isog=
losses
[ Lehmann 1992, 129]), on convient alors que les
familles de parlers ainsi délimitées sont trop distinctes pour
appartenir au même idiome. Selon cette position, la zone d’oc e=
t la
zone d’oïl appartiennent à deux idiomes différents,
l’un des indices étant que les locuteurs ne se comprennent
pratiquement plus du tout entre eux[6]. =
Trop d&=
#8217;oppositions
structurantes les séparent.:
Ideally, the distinction bet= ween language and dialect is based on the notion of MUTUAL I= NTELLIGIBILITY . Dialects of the same language should be mutually intelligible, whi= le different languages should not be. [Hock= & Joseph 1996, 324]
Hock & Joseph discutent nettement ce critère en montrant qu'il est fort délicat &agra= ve; manier lorsqu'un territoire linguistique est très étendu. Si = bien qu'ils en arrivent à la conclusion sceptique que voici:
there is no clear line of demarca= tion between"'different dialect" and "diffe= rent language" . Linguistic similarity or difference is a matter not of yes= or no but of more or less. Moreover, mutual intelligibility depends not only on linguistic factors, but also on social ones. [ 1= 996, 327]
Mais <= span class=3DGramE>il n'en restent pas moins attachés à ces concepts inévitables:
Even so, the terms dialect a= nd language are useful because they define the extreme points of a continuum..= .. [1996, 327]
Les dialectologues n'ont donc pas renoncé à établir des distinctions malgré la difficulté de la tâche, comme le= dit Lehmann [1992, 129-130] mais ils tentent d'objectiver, de conforter leurs choix:
In spite of the absence of s=
harp
dialect, or language, boundaries, dialect geographers have not abandoned subclassification of languages. When classifying dial=
ects,
they have progressed from a reliance on isoglosses for important linguistic
features (...) through bundles of isoglosses to correlation methods.
Contemporary investigators seek to learn whether a list of features is pres=
ent
at given points. They then correlate their results and connect points having
similar correlation coefficients with lines known as isopleths or isogradients. These may represent not only various
isoglosses but also folk customs, such as tales, superstitions and agricult=
ural
practices .
On voi= t donc que l'embarras existe et que le linguiste essaye de faire reposer ses délimitations sur un maximum de facteurs, y compris extra-linguistiques.
Il faut sans doute repartir de cette question délicate pour aborder de nouveau la question des états de langue, tout en essayant d’objectiver davantage, si possible, les choix faits en dialectologie avant de les transposer sur l’axe temporel. La question qui semble première est celle-ci: dans l'ensemble des zones de variation qui peuvent se manifester sur l'axe chronologique comme sur l'axe géographique, y a-t-il des oppositions plus structurantes ? Quels so= nt les traits qui distinguent alors les unes des autres? C’est précisément à cet endroit que la théorisation devient délicate. Elle engage en effet des phénomènes qualitatifs (quelles oppositions sont vraiment pertinentes ?) et quantitati= fs (à partir de combien d’oppositions est-on en droit de parler de dialectes différents ou d’idiomes différents ?). Autrement d= it pouvons-nous objectiver nos choix et conférer une légitimité à ce qui est toujours coupe dans un continuum ? On voit que le choix est entre le refus de poser des limit= es (et corrélativement le choix fatal d’un bornage arbitraire qui peut avoir, en dialectologie, des motivations plus politiques que linguistiques) ou la création d’ artéfacts abstraits qui procèdent par prélèvement dans le corpus, portraits-ro= bots par rapport auxquels un idiolecte est examiné en termes de plus ou m= oins grande conformité. Je vais donc reprendre mes questions l'une après l' autre.
- Y=
a-t-il
dans la systématique d’un idiome des oppositions plus structur=
antes
que d’autres ? En d’autres termes y a-t-il des oppositions
plus périphériques et d’autres plus centrales dans un
idiome ?
- Une réponse partielle me semble possible : lorsque, dans la forme de l’expression, un ensemble paradigmatique renferme un nombre limité, c’est-à-dire faible, d’unités susceptibles de commuter, l’opposition sera plus structurante.
Coroll= aire : les phonèmes, les affixes, les mots grammaticaux sont les indicateurs les plus désignés pour la considération d'un changemen= t. Le lexique peut confirmer le choix d'un balisage, non en déterminer = par lui-même la position. L'entrée de néologismes politiques dans le français de la fin du XVIIIe siècle n'est = pas déterminante dans l'histoire du français comme système linguistique[7] . En revanche la morphologie verbale, le stock prépositionnel avec leur nombre limité de formes disponibles, seront plus structurants.
- Autre réponse conjointe : plus la classe paradigmatique est actualisée en discours, plus l’opposition est structurante. Les oppositions phonologiques, constamment activées, sont donc plus structurantes que la classe des déterminants ou le paradigme verbal.= La catégorie des adverbes qui répondent à une interrogati= on complète est assez structurante parce que limitée paradigmatiquement parlant et souvent activée = dans la conversation qui constitue sans doute la plus immédiate des utilisations de la langue naturelle. Les adverbes embrayeurs de lieu et de temps qui, eux aussi, sont en nombre assez limité et d’autre p= art présentent une fréquence appréciable en conversation s= ont à regarder de près. Je ferai par exemple allusion plus tard à l’adverbe çà qui pourrait bien êt= re une petite sonde entre deux chronolectes.
Je cro= is donc avoir en partie répondu, de façon trop générale encore, à la première question, à savoir quelles varia= bles sont structurantes, ou plutôt quels critères rendent une varia= ble plus structurante qu'une autre:
- fair= e partie d'un ensemble paradigmatique limité
- &eci= rc;tre régulièrement engagée dans le discours.
Cette question des oppositions plus= ou moins importantes est abordée à propos de la dialectologie pa= r Hock et Joseph [1996, 360-361] qui constatent le caractère souvent erratique des tracés i= soglossiques en raison des contacts entre langues:
This raises interesting ques=
tions
for historical linguists. For instance, what is the basis for German speake=
rs
continuing to think in terms of such dialectal divisions as Alemannic
vs. Bavarian, even to the present day, if there are isoglosses that link Alemannic more closely with Rhine Frankish,
or Bavarian with east Frankish? What makes it possible for ordinary,
linguistically untrained speakers to classify the dialect of village X as <=
span
class=3DSpellE>Alemannic with strong influence of Bavarian, but the
dialect of Y, the next village to the east, as Bavarian with strong influen=
ce
from Alemannic? Are some isoglosses more sal=
ient,
or more equal, than the others? [les =
mots
sont soulignés par moi]
La que= stion est ici posée de façon claire: lorsque le dialectologue ou le locuteur natif apposent une limite dialectale, ils privilégient cert= ains isoglosses et en neutralisent d'autres qui indiqueraient la continuit&eacut= e; entre deux aires géographiques. Il faut donc objectiver le choix des variables. La deuxième question maintenant se pose:
Cette = question est assez épineuse et c’est précisément celle sur laquelle on achoppe au moins au départ pour théoriser la noti= on de chronolecte.
_ Poser l’existence d’un chronolecte y,faisant suite à un autre appelé x avant de céder la place à un troisième z, c’est énumérer u= ne liste de traits distinctifs par rapport auxquels x et y vont réagir différemment.
_ A partir de combien de ces traits distinctifs va-t-on considérer qu’il y a deux chronol= ectes ? Peut-on sur cette question apporter une réponse qui ne fasse que minimalement intervenir les préférences subjectives de l’individu ?
&= nbsp; A cette question qui pose problème, je me contenterai d'apporter l'exemple d'une application q= ui peut offrir matière à réflexion. Elle est encore au st= ade du protocole de laboratoire et de la préenquête . Peut-être apportera-t-elle quelque lumi&egrav= e;re. Mais auparavant il faut dire qu'en linguistique diachronique, nous sommes p= lus en difficulté encore qu'en dialectologie contemporaine car nous avons perdu presque corps et biens l’oral sur lequel nous aurions besoin de nous appuyer avant tout pour effectuer nos repérages. Nous en sommes réduits à du travail de détective à partir de c= es indices que peuvent nous apporter les lettres, les manuels de conversation,= le théâtre, genres embrayés qui offrent certaines similarités mais que nous devons ne prendre qu'avec précautio= n. Car ils passent par le canal de l'écrit, lequel = a un effet de gauchissement très net. Ils ne garde de l'oral que la transposition de certains traits. D'autre part ce sont souvent des objets esthétiques qui ne se plient pas à la tutelle du réel.= Les autres témoignages (grammaires, manuels d'orthoépie, remarque= s) sont également médiatisés par l'écrit et par le regard souvent biaisé de leur auteur .
Il est donc nécessaire de dire qu'ici je ne vais considérer pour l'essentiel que des textes écrits sans prétention aucune de mimer l'oral : textes à l'occasion confrontés avec des témoignages de grammairiens ou de lexicographes du temps . Mes conclusions ne port= eront d'autre part que sur un sociolecte: celui du bon vs= age écrit[8] . C'est uniquem= ent sur lui que nous disposons d'assez de données pour tenter de le bali= ser chronologiquement. Il faut d'ailleurs éviter de faire interfé= rer, en bonne pratique scientifique, plusieurs facteurs à la fois . Enfin les autres sociolectes ne sont appréhendés à cette époque que sur le mode de la "faute" anecdotiquement relevé= e, ce qui nous empêche de les aborder comme des systèmes dans leur entier. Ces précautions prises, il faut encore ajouter que l'â= ge de nos "informateurs" sera déterminant : comme en dialectologie où il existe des zones de transition et des zones foca= les:
At the limits of well-define=
d speech
areas, we find transition areas . These may show characteristics of two neighboring focal areas [Lehmann=
1992, 130]
certains idiolectes seront eux aussi des idiolectes de transition.
Voici =
donc une
série de zones d'observation avec, dans chacune d'entre elles, quelq=
ues
variables en cours d'exploration. Toutes nécessiteront encore d'autr=
es
vérifications quantitatives ainsi qu'une mise en perspective plus
approfondie à l'intérieur de leur zone propre. La
considération du genre devra en outre affiner le diagnostic.
3.1 Négation
- <= /b>En présence d'un verbe à un mode personnel, la généralisation du forclusif (p= as ou point) est sensible. Andrés Colón fait le dénombrement suivant pour la Conjuration de = L. Serge Catelin, traduite par = Meigret en 1548:
dans la traduction du Bellum= i> Catilinae, on trouve 37 fois ne seul= et 57 fois ne...pas ou ne... point [ Colón 1983, 230]
Gougenheim [1973, 240] avertit que" l'édi= tion de Montaigne de 1595 ajoute des pas au texte de 1588 ". Vers 1620-1630 s'effectue vraiment la généralisation du forclusif . On assiste là à un déplacement graduel qui ne subit qu= 'une accélération sensible .Plus nette et moins connue est la zone= de variation suivante.
- La négation avec l'infinitif n'avait pas fait jusqu'à pré= sent l'objet de chiffrages sur cette période. Pierre Gondret [1998, 61 sq.] s'est livré à une étude interne à= ; l' Astrée dont la rédaction s'échelonne de 1607 à 1627 . La négation ne san= s forclusif s'effondre d'une façon sensible avec= des verbes autres que :
. avoir, être
.les infinitifs modaux (pouvoir, devoir, savoir)
. les infinitifs régissant d'autr= es infinitifs
Il com= mente:
Les em= plois de ne Inf. (type ne faire) passent de 74,44% dans I [i.e. la première partie ] à 29,81% dans IV[ la quatrième parti= e]
Et il = ajoute ensuite [1998, 65], élargissant son corpus à partir de la base FRANTEXT:
Dans l= e second quart du 17ème siècle, ne pas et ne point vont devenir plus fréquents et ne employé sans forclusif devient rare sauf avec pouvoir et oser
3.2 Embrayage/anaphore
Ce sec= teur est le lieu d'un réel remaniement:
- vieillissement rapide de l’outil ice(l)lui/y, icelle, iceu<= /span>(l)x, icelles dans toutes ses distributions. Or il est encore présent = dans le bon vsage jusqu’en 161O. Franço= is de Sales, né en 1567, l'emploie absolument couramment dans son Intro= duction à la vie dévote qui me semble un excellent témoin = du bon vsage écrit de style simple puisque l'oeuvre s'adresse d'une façon familière[9] et voulue telle par l'évêque de Genève sous forme de collo= ques sur le bon usage de la vie spirituelle dans le monde[10].= La base ARTFL/ATILF n'en enregistre plus que 9 occurrences de 1650 à 17= 00, encore sont-elles presque toutes employées avec un effet pragmatique= de dérision. Chez Molière, qui fournit beaucoup de ces occurrenc= es, ce sont des médecins de comédie, un notaire, des pédan= ts. De même dans les Plaideurs de Racine. La grammaire d'Oudin en 1632 le confine désormais dans la lan= gue du Palais[11] = et Vaugelas,qu'il faut lire comme le témoin privilégié du sociolecte de prestige, fait une allusion très claire à cette spécialisation d'une façon un peu narquoise qui ne laisse pas= de doute sur l'image connotative du mot. C'est à la remarque Consid&= eacute;ré que [Vaugelas 1647, 472 *] :
Att=
endu que,
commence à se rendre fort commun dans le beau s=
tile,
mais du temps du Cardinal du Perron & de M. Coeffe=
teau
il estoit banni de leurs e=
scrits
& de ceux des meilleurs Autheurs, qui l'
N&eacu= te;anmoins il ne serait pas juste de parler d'une désuétude brutale dans tous les textes : la base ARTFL/FRANTEXT en dénombre encore 350 occurrences dans 122 documents différents de 1630 à 1650. Beaucoup de lettres conservent des occurrences significatives chez des aute= urs de l'âge de Vaugelas, notamment Peiresc et Mersenne, tous deux n&eacu= te;s dans la décennie de 1580-1590. Mais Guez= de Balzac, mentor du bon vsage, n' en offre aucune occurrence, tous types d'ouvrages confondus et Coë= ;ffeteau, qui passait également pour un excellent auteur, en offre une seule occurrence dès la publication de son Histoire Romaine. Ce sont là deux témoins privilégiés= .
La situation est donc nuancée et il ne faut pas la simplifier. C'est à partir de 16= 50 que la spécialisation dans le technolecte juridique est quantitative= ment écrasante.
- <= span class=3DGramE>Ce(t)tui/Cet(t)uy/ Cestui/cestuy v= ieillit (25 occurrences de 1650 à 1700 dans la même base, souvent chez= des auteurs burlesques ou d'une génération déjà âgée) et cède peu à peu son terrain à = celui. Vaugelas [1647, 367] a un sentiment nuancé qui montre un processus en cours. La vitesse semble moindre mais le processus est net:
Cettuy-cy, commence à n'e= stre plus gueres en vsage. (s.v. = Cy, joint aux substantifs)
La base ARTFL/FRANTEXT épouse bien cette dimension d'extinction graduelle do= nt la génération née vers 1580 ne fait qu'éprouver= les premiers symptomes. Elle offre encore des occur= rences nombreuses au-delà de 1620[12]. Mais la distribution pronominale (avec particule déictique mais s= ans expansion) est la seule désormais possible, alors qu'avant 1610 = des distributions déterminantes et des contextes en 'cestui + QU' restaient possibles. Il y a donc réduction rapide des possibilités distributionnelles puis disparition.
- L= 'embrayage adverbial de lieu voit disparaître définitivement l'adverb= e çà dans cette fonction où il indique encore un mouvement centripè= ;te en direction de l'énonciateur ou accompag= ne un geste déictique. Dans l'Astrée qu'on peut utiliser com= me un témoin du bon vsage avant 1610, on le trouve encore, figé dans son usage d'embrayeur de lieu aux conditions indiquées par Perret pour le moyen français [Perret 1988, 89]= : modalité jussive, verbe de mouvement, localisation de l'allocutaire, au terme d'un mouvement vers le lieu de l'énonciation= :
vien ça, Alcippe, quel est ton dessein?
vien- &ccedi= l;a, Fleurial m' aymes-tu bien? [ARTFL, sv CA]
ainsi que dans un adverbial qui ne durera guère au-delà de 1650 : çà-bas= span> qui le plus souvent renvoie en contexte à la terre par opposition au ciel chrétien.
A partir de 1650, il ne figure même plus dans ce genre de contexte mais uniquement
- comme interjection pour attirer l'attention de l'allocutaire
- dans l'agglutination deçà
- en syntagme lexicalisé çà et là
Une pa= ge est définitivement tournée.
- D= ans le domaine de l'embrayage de temps, deux embrayeurs tout à fait idiomatiques encore avant 1610 disparaissent au-delà de 1620:
_ Ensa (orthographié ainsi en un seul mot par Ramus dans sa Gramere de 1562 mais couramment orthographié en deux mots en ça) qui signifie ' en se rapprochant du moment de l'énonciation depuis le passé'. L'Astrée en donne encore des exemples tout à fait idiomatiques, c'est-à-dire sans aucune connotation de distance:
depuis quelque temps en ça, Lindamor n' est plus aimé.
depuis cent ans en ça
depuis plus de deux cents ans en ça [ARTFL,
la corrélation avec 'depuis + indication chronologique de durée' semble toutefois presque contraignante.Le figement est largement consommé depuis longtemps mais c'est au-delà de la limite de 1610-1620 que les derniers résidus disparaissent dans le bel vsage[13]<= /p>
_ meshuy, s= on strict symétrique, qui signifie ' en s'éloignant vers l'aveni= r en partant du moment de l'énonciation', bien utilisé par François de Sales.
_ En annexe à ces embrayeurs temporels = qui disparaissent, je ne peux pas ne pas faire un sort à ja dont les occurrences indépendantes se raréfient tout de s= uite après ma limite temporelle. Il est encore très fréquent chez Amyot dont on sait qu'il fut considéré en son temps comm= e un excellent auteur. En interrogeant avec le logiciel TACTWEB les Oeuvres morales meslées de Plutarque sur le = site de T.R. Wooldridge [Amyot 1587], il s'en trouve, toutes graphies confondues, 103 occurrences, ce qui est fort conséquent . Amyot est né en 1513. Si l'on consulte à prés= ent la base ARTFL-ATILF avec pour limites 1600-1650, les auteurs qui ont encore= des occurrences numériquement significatives de JA indépendant so= nt presque tous nés avant 1560:
Fauche= t 1530
&n= bsp; Charron 1541
&= nbsp; Bertaut :1552
et écrivent avant 1610. Il en reste toutefois d= es occurrences dans des correspondances ultérieures, notamment chez Pei= resc vers 1630 [ARTFL, sv JA avec pour limites 1600-= 1650]. Il faut se demander si le genre de la lettre familière n'explique pas les 15 occurrences observées dans cette correspondance. Déjà d'Urfé [ ARTFL, sv JA] n'a plus aucune occurrence de ja autrement qu'en agglutination (desja ou = jamais) dans l'Astrée. L'Art de Parvenir de Béroalde de Verville, dont les "parlures" variées pourraient autoriser des libertés, n'en offre que deux occurrences marquées [ARTFL, sv JA].
Le domaine temporel v= oit donc disparaître ces adverbes d'utilisation courante en conversation[14].=
Dan= s le domaine plus spécifique de l’anaphore, le paradigme relatif évolue beaucoup.
_ le “ relatif composé ” lequel recule, surtout en position sujet, devant qui. Michel Glatigny [1998, 88] le montre à partir d'un corpus de récits de voyage :
Consta= tons d'abord une diminution progressive du nombre des emplois au cours de la période. De Thévet [1558] à Brébeuf [1636], la proportion des lequel, sujets, rapportée au nombre des qui, sujets, passe de 26 % à 5= %, en passant les seuils de 13% dans l'oeuvre de Biard (1616) et de 14% dans c= elle de Benard (1621)[15] = .
et il met cette raréfaction sur le compte d'un changement d' esthétique phrastique:
Elle s= emble correspondre à un changement de type discursif: à une esthétique de la juxtaposition où lequel était = un anaphorique bien plus qu'un subordonnant, succède une esthéti= que de la hiérarchisation. La relative en lequel était sou= vent une sorte d'ajout peu intégré à un ensemble déterminé et logiquement cohérent. Elle deviendra beau= coup plus rare dans nos récits successifs. [1998, 96]
Il y a= urait certainement à chercher du côté ici indiqué par = Glatigny, c'est-à-dire l'architectonique des <= span class=3DGramE>enchaînements . Voir la rubrique 3.8.
Signif= icativement, Vaugelas [1647, 115] qui trouve cette position rude[s] pour l'ord= inaire le réduit, en position sujet, au rôle discriminant qu̵= 7;il peut avoir relativement au genre. Hors des cas d'ambiguïté, il préconise de ne plus l'employer. Cette remarque nous semble valoir surtout, pour ce qui nous concerne, comme constat de rapide désu&eac= ute;tude.
_ dont est également le lieu d'u= ne réorganisation très conséquente [ = Glatigny 1998, 80 sq.]
_ L'anaphorique ledit se spécial= ise dans la langue juridique
3.3 La coordination.
Ici no= us sommes sur une série de variables visibles : il s’agit du trai= tement des syntagmes coordonnés. Deux phénomènes saillants pa= rmi d'autres[16]:
- Le d= éterminant d’un premier substantif coordonné ne peut plus être mis = en "facteur commun" avec un second substantif de l’autre genre. François de Sales peut encore dire aisément en 1610:
Delivre-moi, Seigneur, disoit David, de la coüardise et descouragement. [Sales 1961, I 28]
Janine= Baudry a observé la disparition de ce phénomène sur le m&ecir= c;me corpus de récits de voyage que Michel Glatigny<= /span> [ci-dessus 3.2] :
Ces em= plois ne sont plus repérables dans les années 1620/1630, sans doute pa= r le fait même que les emplois de l'ellipse sont moins nombreux, mais on e= st frappé de constater l'absence de toute occurrence chez L'Allemant [1627], D.C.[17], LeJeune [1632] et Brébeuf [1635]
Dans le domaine (périphérique mais notable toutefois) de la sémantique, il faut annexer à ce chapitre de la coordination = la disparition rapide des doublets synonymiques coordonnés, si fréquents encore à l'époque précédente. = Dans une seule page de François de Sales [Sales, I 20], on trouve encore = les doublets suivants:
secours et support
douceur et suavité
dessein ni motif
Une vr= aie ligne de partage passe ici après lui, même si Vaugelas ne crit= ique pas ostensiblement la coordination de synonymes. Toutefois ils tombent sous= le grief de superfluité.
- Un a= utre patron syntaxique est en perdition dans la coordination des noyaux verbaux:= il s'agit du sujet zéro dans le cas suivant :
&= nbsp; (sujet 1 + V1x) + et + (sujet Ø + V2y)
ce qui se comprend ainsi: V1 est d'une personne x et V= 2 est d'une autre personne y. La coordination ne permet plus l'effacement du sujet dans le deuxième syntagme. En voici un exemple tiré de la correspondance d'Étienne Pasquier à Ramus en 1572 [cité par Rickard 1968, 245]:
c'est =
vne regle generale
non seulement en nostre langue, ainsi en tous
vulgaires, que se trouuãt vne
parole clause d'vne consonante, la consonante p=
erd sa
puissance, si le mot qui la suit commence par vne
autre, & n'en entendez la force sinon quand elle est suiuie d'vne voyelle. [passage souligné par moi]
3.4 Les adverbes de réponse à une interrogation totale
- <= span class=3DSpellE>Nenny se raréfie et n'est plus que rarement présent dans les correspondances de la deuxième moitié du XVIIe siècle. L'Académie en 1694 le fait rétrograder dans le registre familier.
- S= i FAIRE, si AVOIR et non FAIRE régressent aussi.
Le cha= mp est donc partiellement remanié, non dans ses deux éléments= de base (oui/non) mais dans des alternatives encore tout à fait standard dans le bon vsage d'avant 1610.
- Il s= erait plus généralement utile d'examiner tout le spectre des réponses d'assentiment ou de dénégation dont Palsgrave [Stein 1997, 354], malheureusement trop précoce, donne une idé= ;e assez détaillée. Certaines doivent manquer à l'appel à partir de cette période.
3.5. <=
b>La
transitivité verbale
C'est sans doute dans la syntaxe des clitiques que l'on peut le plus observer de changements :
-
L’ordre des clitiques pronominaux dans le groupe verbal tend à=
se
rigidifier. Une hiérachisation des relat=
ions
dans le groupe verbal trouve une traduction de plus en plus nette dans la
linéarisation contraignante des clitiques. Ce mouvement n'est pas
récent mais la régulation s'accroît. Ainsi on ne trouve
pratiquement plus la distribution en + y des deux clitiques apr&egra=
ve;s
cette date. L'Astrée en offre encore cinq exemples [ARTFL, sv en y
]. De même des distributions comme celle-ci [Sales,=
I
17]
et comme il appartient a la charité de nous fai= re generalement et universellement = prattiquer tous les commandemens de Dieu, il appartient au= ssi a la devotion de les nous faire faire promptement et diligemment.[18]<= /p>
&Eacut= e;largie à la consultation suivante:
&= nbsp; le|la|les vous|nous (c'est à dire le ou = la ou les suivis de vous ou nous)
la requête soumise à la base ARTFL offre = encore beaucoup d'occurrences de 1620 à 1640 mais au-delà de 1650 la chute est brutale. Significativement, Vaugelas consacre plusieurs remarques à cette nouvelle place des clitiques [ 1647, 33-34 et 94-95] Mais on forcerait le trait si l'on n'ajoutait pas aussitôt qu'à l'impératif coordonné et à l'infinitif négatif le processus est plus lent (ne le pas prendre= coexiste avec ne le prendre pas et déjà ne pas le prendre. Voir Gondret 1998). Encore est-ce plutôt la syntaxe des éléments négatifs qui est = en cause. Cette génération apporte en tout cas la nouvelle synta= xe qui s'imposera.
- S’amorce notamment la double distribution du clitique dans la construction V + inf, dont le clitique est incident à Inf. La positi= on moderne (il vint me voir) ne l'emporte quantitativement qu'apr&egrav= e;s 1650 [Galet 1971] sur la distribution ancienne où le clitique monte = (il me vint voir) mais c'est bien autour de 1620 que la première pre= nd son essor. Vaugelas dira dans ses Remarques [1647, 376] que tous = deux sont bons tout en reconnaissant que la transposition (la distribution ancienne) est meilleure. Cette quasi indifférence est l'oeuvre de cette génération. La tend= ance est donc à traduire la relation de dépendance par la contiguïté dans la structure de surface.
3.6. <= b>Faits plus généraux de linéarisation
On con= state plus généralement une tendance nette à la cohés= ion, c’est-à-dire à la traduction des relations de dépendance par la contiguïté maximale dans la syntaxe de surface du texte. Ce phénomène s'observe avec la résistance de plus en plus forte devant certaines intercalations de compléments ou d'adverbiaux libres entre anaphorique et antécédent, entre éléments coordonnés ou entre élément recteur et élément régi. I= l y aurait là un terrain fructueux d'investigations quantitatives.
3.7. <= b>Corrélations verbo-adverbiales
Ici no= us sommes dans le domaine de l’hypothèse et la vérification est sans doute presque impossible: peut-être est- ce dans le sociolec= te du bel vsage qu’à partir de cette période la conversation voit monter le passé composé en corrélation avec des adverbes comme hier. On sait que cet adv= erbe embrayeur sélectionne tout au long du XVII&egra= ve; siècle plus de 92% de passés simples dans les textes écrits dépouillés par Galet [ 1971= ] et Liu [1999]. En 1606, Maupas semble ne pas ac= cepter l'emploi extensif du passé composé; du moins ne le mentionne-= t-il pas. C'est Chiflet qui, né en 1598, évoque nettement cette question dans son Ess= ay d'une parfaicte grammaire de 1659. Apr&egra= ve;s avoir remarqué qu'on "dit fort bien Hier je fus bien en peine:l'an passé nous eusmes une belle récolte &c", il ajoute :
Le On not=
era ici
que le seul exemple cité est d'allure conversati=
onnelle
. Il laisse entendre que l’indifférenciation
corrélative de hier avec le passé simple ou le
passé composé pourrait bien dater, en conversation, de ce 3.8. <=
b>Connexion
interphrastique et interpr=
opositionnelle
Dispar=
ition
rapide dans le bon vsage des enchaînements
suivants: - par =
ains, pourtant fort fréquent dans le bo=
n vsage de 1600-1610. Elle est nettement signalé=
e par
Vaugelas [1647, 568] et effective dans les textes. - s=
i est-ce
que/qu’: disparition plus lente mais inexorable - plus
généralement si + V2 + sujet, encore bien prése=
nte
avant cette limite. - Et/e=
t + (clit) + V2 + sujet, notamment après un point. =
Voir
Prévost [Prévost 1998, 133] pour un état de la situati=
on
dans la période immédiatement antérieure, la fin du XV=
Ie
siècle .Il s'agit de la tournure suivante: En fin=
tout fust passé & accordé, & commençarent les Princes à faire le ser=
ment
& se signer [ Monluc cité par Rickard 1968, 254] -
enchaînements interphrastiques par leq=
uel
et à plus forte raison par qui. 3.9=
Prépositions . - Beau=
coup de
distributions prépositionnelles vieillissent brutalement:sus, des=
sus
dedans, dessous, aval, encontre, dehors, devers, emmi<=
/span>
.Souvent avec spécialisation corrélative dans la
catégorie adverbiale ou disparition (emmi) . De proche en proche, c'est toute la localisation
spatiale qui est touchée. - Vieillisement de l'agglutination =
ès
. Cette dernière est pourtant idiomatique chez Françoi=
s de
Sales [1961, 8]: Mon i=
ntention
est d'instruire ceux qui vivent es villes, es mesnages=
,
en la cour, Vaugel=
as
[1647, 167] est, sur ce point, formel : "Avant que la particule és, pour aux, fust
bannie du beau langage.." 3. 10 =
Le
système phonologique Je n'a=
i pas
dans ce domaine la compétence requise. Nous sommes de toute fa&ccedi=
l;on
hors champ puisque cet article ne prétend examiner que le sociolecte=
du
bel vsage écrit .
Peut-être serait-il bon de vérifier (si possible) dans quelle
mesure c'est à cette époque que s'éteignent les toutes
dernières traces des dernières diphtongues et triphtongues[20] =
. Se
mettrait donc en place le système vocalique classique à 8
voyelles orales et 4 voyelles nasales dotées toutes de deux
quantités. Ce système ne donnerait des signes de fatigue sens=
ible
que dans la deuxième moitié du XVIII&egr=
ave;
siècle[21]. - Mais=
des
zones de variation dans la prononciation de bien des mots subsistent au reg=
ard
des voyelles. W. Ayres-Bennett [1990
] montre une grande sensibilité des ouvrages métalingu=
istiques
à cette question pendant le XVIIe siècle, notamment dans
l'alternance entre voyelles hautes/basses et voyelles de cavité moye=
nne.
C'est le signe à la fois d'une permanence de l'usage variable mais a=
ussi
d'une norme nettement plus consciente d'elle-même. Il pourrait ê=
;tre
utile de regarder ces ouvrages dans ce sens afin de voir si le secteur
phonétique/phonologique épouse ou pas cette délimitati=
on. Le sen=
timent
des locuteurs, parfois biaisé, myope ou aveugle, peut intervenir com=
me
une confirmation lorsqu'ils signalent un vieillissement
généralisé. Or les contemporains ont le sentiment d'un=
net
changement sur le plan linguistique. Marie de Gournay et Vaugelas sont des
témoins de cette sensibilité . Ce
dernier emploie très souvent des marqueurs d'archaïsme dans ses=
Remarques
: n'est plus (gueres) en vsage
[ 1647, 35, 57], vieux mot [1647, 36], presque
plus en vsage [ibid ] on
ne le dit plus [ 42]. On peut comparer ce sentiment linguistique avec c=
elui
de l'abbé d'Olivet, dont on connaît le statut et la
notoriété et qui, faisant ses Remarques sur Racine,
insiste dans sa préface sur le faible écart linguistique qu'i=
l y
a entre la pratique du dramaturge et celle du temps. S'agissant d'observate=
urs
ayant une pratique éclairée de leur langue ainsi que les moye=
ns
d'une analyse réflexive, le témoignage a du poids. Celui
d'Antoine Oudin, incapable de mettre à j=
our
dans les années 1620 la grammaire de Charles Maupas de 1606 car elle était trop surannée, vaut
également comme un avertissement, ou plutôt comme un éc=
ho
qui corrobore. Avertissement aussi le fait que Vaugelas, après
Séguier [1614], se remette à traduire la Vie d'Alexandre=
i>
de Quinte-Curce dans les années 20 [Ayres-Benne=
tt
et Caron 1996, 410] Comme =
le
dialectologue guette à d'autres niveaux de l'organisation sociale des
indices complémentaires, il est utile, pour confirmer
l'hypothèse, de s'intéresser à des niveaux d'organisat=
ion
textuels supérieurs, de l'ordre du rhétorique. Or c'est aussi
à ce niveau que les choses changent profondément. Le livre de
Marc Fumaroli [1980] montre en détail la
gestation d'une éloquence française traversée par des =
confllits. Cette gestation part du traité De
l'Eloquence de Du Vair en 1595 [Fumaroli 19=
80,
503] et aboutit avec Guez de Balzac, né =
en
1597 et mort en 1654, à un "un langage commun....entre la sanior pars de la Cour et de la Ville, =
de la
Robe, de l'Épée et de l'Église" [Fumaroli
1980, 705]. Or la "révélation" qui inaugure sa carr=
ière
commence à Rome en 1621 [Fumaroli 1980, =
698].
Il y aurait donc évolution parallèle du niveau rhétori=
que
et du niveau linguistique. &=
nbsp; C'est
aussi dans la décennie 1620-1630 qu'apparaît la lexie Belles-Lettres, promise à l'aven=
ir
qu'on lui connaît. Elle est aussi le produit d'une gestation [Caron 1=
992,
103 sq.]. &=
nbsp; On
peut donc à bon droit abonder dans le sens d'une transition
parallèle du côté de la rhétorique. - Ce t=
rop
modeste inventaire appelle une recherche plus approfondie. Des zones de var=
iation
systémique ont été passées sous silence comme l=
a déternination zéro ou l'expression du <=
i>il
impersonnel. D'autres, comme la rubrique de l'anaphore, ont ét&eacut=
e;
esquissées à partir des phénomènes les plus
saillants, les plus comptabilisables . La questi=
on du
sujet post-posé traitée par Sophie Prévost pour les XV=
e et
XVIe siècles [1997 et 1998] devrait donner lieu à des chiffra=
ges
pour voir si de ce point de vue les 20 premières années du - C'es=
t sur la
base d’oppositions structurantes (ou systémiques)
assez nombreuses et dispersées dans des zones diverses=
de
l'organisation de l'idiome que l'on peut postuler un nouveau chronolecte en construisant une limite. Pour
l'application ici tentée, cette limite est à interprét=
er
strictement en ces termes : si, moyennant toutes les précautions
philologiques possibles, un lecteur est en présence d’un texte=
écrit
au-delà de 1620 par un adulte de moins de 40 ans, il y a des chances
pour qu'il présente plusieurs traits de la configuration nouvelle s'=
il
est écrit dans un cadre formel qui sélectionne le bon vsage. Ce qui expliquerait ainsi la rém=
anence
temporaire de certains traits dans le cadre de la lettre familière,
moins soutenue. - Le n=
ombre,
le poids, la dispersion des variables mais aussi la simultanéit&e=
acute;
sont déterminants pour qu'une limite
chronologique puisse être apposée. Ici une trentaine
d'années (1620-1650) donne des résultats sensibles et netteme=
nt orientés . Mais on peut objecter ici que la que=
stion
quantitative se pose: le nombre est-il suffisant? J'aurais tendance à
dire oui sur la base de ce qui a été montré mais aussi
à partir d'une expérience plus vaste, non encore
comptabilisée et vérifiée sur corpus. - Je serais donc enclin à fa=
ire
démarrer le français moderne avec cette générat=
ion
des gens nés vers 1580 et qui, comme Vaugelas, deviennent actifs dan=
s le
domaine de l'écrit à partir de 1610-1620. Pratiquement tout ce
qui va changer est déjà en germe chez cette
génération qui se singularise nettement d'avec la
précédente. Entre le père de Vaugelas, ami de
François de Sales, et son fils passe à mon sens une
frontière chronolectale importante. Ce q=
ui
n'empêche nullement de trouver des idiolectes reliques (chez des gens
âgés comme Marie de Gournay née en 1565 et morte en 164=
5)
ou des idiolectes de transition, c'est-à-dire des idiolectes qui sont
dans l'entre deux. Symptomatiques me semblent à cet égard les
corrections d'Honoré d'Urfé sur l'Astrée dans l=
es
éditions successives qui commencent en 1607 et se poursuivent dans la
décennie1610-1620. Anne Sancier-Chateau =
[ Sancier 1995 et 1998] a
montré sur un échantillon que d'Urfé effectue des
corrections qui vont souvent dans le sens du nouveau c=
hronolecte. - Une
génération a donc substantiellement modifié sa pratiqu=
e du
français. Il resterait à expliquer pourquoi, à
l'intérieur d'un sociolecte, le bon vsage,
elle est plus innovante. Je préfèrerais plutôt dire qu'=
elle
donne à la fois le coup de grâce à certains traits du m=
oyen
français [22] déjà en
perte de vitesse et le coup d'accélérateur à des tenda=
nces
minoritaires. La transition s'étend sur plusieurs décennies. =
Mais
(et ce n'est pas incompatible) il y a aussi un phénomène disc=
ret
au sein du continuum. Car c'est un ensemble conséquent de variables =
qui
connaît pratiquement ensemble un changement quantitatif net. Aussi ma
frontière 1610-1620 aurait-elle idéalement la forme suivante:=
&n=
bsp;  =
; &n=
bsp;  =
; 1610 &=
nbsp; 1640 c'est=
a
dire un faisceau de courbes matérialisant chacune la disparition
graduelle ou la croissance d'un trait linguistique pertinent. L'intersection
serait la phase 1620-1630. Ce schéma montre bien d'Urfé et
François de Sales comme témoins d'un chr=
onolecte
en passe de mourir (les corrections lucides du premier attestent une consci=
ence
claire) tandis que Vaugelas et Chapelain représentent typiquement la
génération du changement. Perrot d'Ablan=
court
né en 1606 puis Patru seront déjà pleinement de l'autre
côté de la limite. Nous avons montré Wendy
Bennett et moi-même [Ayres-Bennett et Car=
on
1995] qu'il arrivait au théoricien Vaugelas de n'être pas touj=
ours
dans son Quinte-Curce [ révisé pratiquement jusqu'&agr=
ave;
sa mort en 1650] dans le nouveau chronolecte: d=
es
"ratés" se manifestent qui traduisent à l'occasion,
même dans ce texte si soutenu, des fossiles. Mais ces lapsus sont
numériquement des exceptions. - La date de 1610-1620,
antérieure à la fondation de l'Académie françai=
se,
montre bien que les pressions normatives de l'institution royale ne sont po=
ur
rien dans cette évolution . De toute
façon celle-ci n'écrit rien de notable en son nom propre pend=
ant
les premières décennies de sa création. Elle enregistre
donc plutôt une évolution et lui donne une sorte de quitus . Il n'est sans doute pas nécessaire
d'épiloguer davantage sur le fait que le "Prince",
c'est-à-dire le pouvoir, n'a que peu ou pas d'ascendant sur les tend=
ances
profondes d'un idiome. Même sur le lexique, pourtant
périphérique, il n'influe qu'avec peine. La
pénétration des néologismes officiels en donne une
illustration aujourd'hui. - Il resterait à f=
ermer ce
chronolecte vers l'aval. Ce sera une autre t&ac=
irc;che,
à la condition que le concept et ce que j'ai apporté comme
conditions de validation résistent à des examens plus
approfondis. &n=
bsp;  =
; &n=
bsp; Philippe
CARON &n=
bsp;  =
; &n=
bsp; G.E.H.L.F.
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fac-similé Paris, Droz 1934]4/ Le témoignage=
des
locuteurs
5/ Autres niveaux de st=
ructuration
du discours
Conclusions
XVIIè siècle sont ou pas en continuit&e=
acute;
avec les décennies précédentes et en rupture avec les
années suivantes.
[1] Je rermercie l'université d'Illinois à Urbana-Champai= gn (U.S.A.) et mon hôte, le professeur Douglas Kibb= ee, qui m'ont permis d'asseoir une partie de mes thèses à partir = de la consultation de la base ARTFL en ligne sur les terminaux de l'université Mes remerciements aussi aux équipes de l'INaLF et d'ARTFL qui ont compilé et mis en ligne des textes du XVIe et du XVIIe siècle= s
[2] Je saisis l'occasion de cet article pour remercier Mr Rickard pour ses = textbooks qui constituent des anthologies dont= en France même nous n'avions pas l'équivalent pour la fidélité philologique de la transcription. Je les ai utilisés avec plaisir, notamment pour mes cours d'histoire de l'orthographe au XVIe siècle lorsque je ne pouvais pas trouver le fac-similé que je souhaitais. Je savais que je pouvais m'appuyer sur= son travail.
[3] J'emploierai désormais le terme 'idiome' pour un ensemble de parlers présentant structuralement assez de ressemblances pour qu'une intercompréhension soit possible moyennant un minimum d'adaptation <= span class=3DSpellE>morpho-phonologique et phonologique. Je réserv= erai le terme de langue pour un dialecte de cet idiome qui, pour des raisons politiques, est encouragé, promu voire imposé comme le véhicule des échanges dans l'espace politique.
[4] Voici l'adresse :http://newfirstsearch.oclc.org/WebZ/FSPrefs?entityjsd= etect=3D:javascript=3Dtrue:screensize=3Dmedium:sessionid=3Dsp01sw03-35266-c= sktino9-p9yp98:entitypagenum=3D1:0
[5] pa= r exemple Les limites de siècles lieux de ruptures novatrices depuis les temps modernes :Besançon : Presses universitaires franc-comtoises ; Paris : Diffusion par les Belles Lettres,
[6] Je renvoie pour la période dont je suis spécialiste à la lettre de Jean Racine à son ami Jean de La Fontaine : descendu à Uzès en quête d’un bénéfice ecclésiastique, Racine dit qu’au-delà de Lyon, il ne comprend plus rien au parler des gens. Tout en prenant en compte la part de badinerie inhérente à ce genre de remarque, il faut sans doute voir là une bonne part de réalité.
[7] Cette position est cel= le de Jean-Pierre Seguin qui, à la différence de certains historiens, considère que le lexique révolutionnaire n'est qu= 'un épiphénomène qui n'affecte pas la langue comme système (à l'occasion d'une conversation orale au G.E.H.L.F.)=
[8] Une exception sera fai= te avec le témoignage de Jean Héroard sur la langue de l'enfant Louis XIII. [Ernst 1985]
[9] Je ne veux pas dire par là que le texte est familier en termes de registre mais que l'auteur s'adresse en famulus à ses discip= les.
[10] En outre la datation = de l'écriture offre une fourchette précise: carême 1607-juillet 1608 [Sales-Florisoone 1961, XXX]<= /p>
[11] Voici l'extrait intitulé "D'iceluy=
& icelle":
Ceux-cy
se declinent auec l=
'article
indefiny, leurs pluriers=
span>
sont iceux & icelles : mais parce que personne ne s'ent
sert plus gueres, ie ne
veux pas m'arrester à en dire de grandes=
particularitez, ie vous <=
span
class=3DSpellE>aduertis seulement d'en vser le
moins que vous pourrez, il y a il, luy, elles, y
& en, que l'on met à leur place : par exemple au lieu qu'autrefo=
is
on disoit: les promesses de Dieu sont asseurées, confiez vous en icelles: nous disons
maintenant, confiez ou fiez vous en elles : ie =
vous
ay parlé d'iceluy : dites plustost,
ie vous ay parlé de luy,
ou ie vous en ay parlé: fiez vous en rapportee.
[Oudin 1632, 98-99, aimablement communiqué par Douglas Kibbee]
[12] 211 occurrences, dont= 23 avec l'enclitique là et 188 avec ci.
[13] Quelques occurrences rémanentes demeurent dans la correspondance de Peiresc et de Mersenne [ARTFL, s.v. ça]
[14] L'Académie not= e en 1694 aussi bien pour ja que pour jaçoit (que): il est vieux.
[15] Les 5% sont atteints = avec les jésuites de Nouvelle France Le Jeune [1632] et Brébeuf [1= 635]
[16] Il faudrait développer également la raréfaction de l'ellipse du déterminant et des prépositions courtes dans le second syntag= me nominal coordonné [ Baudry 1998, 36 sq.]<= /p>
[17] Il s'agit des initial= es de l'auteur d' un Voyage du Leuant faict par le commandement du Roy en l'ann&eacut= e;e 1621
[18] Voir Fournier [1998, = 79] qui dit ceci: " Les choses changent là encore très vi= te en français classique, puisqu'Oudin cond= amne dès 1632 le tour je vous prie la me montrer, accepté p= ar Maupas (...) De fait, on ne trouve plus guère après 1620= u> l'ordre le vous V [ les mots sont soulignés par moi]
[19] c= ité d'après Nathalie Fournier [1998, 415]
[20] Pour H. Estienne, = maux n'est pas absolument homonyme de mots [Goug= enheim 1973, 22] et Ramus 1572 [2001, 48] transcrit toujours eau par deux signes graphiques distincts.
[21] Voir le Dictionaire critique de la langue de française de l'abbé Féraud et le problème des voyelles dites douteuses.
[22] Je conserve cette appellation qui est actuellement reçue et adopte par conséque= nt la version large de sa périodisation.
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nbsp; Vers la notion de chronolecte
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p; Philippe Caron
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