PRÉSENTATIONAvouons-le, la syntaxe du français classique est un domaine de recherche passablement frappé de torpeur. Une torpeur chronique. Il s'agissait donc de réveiller le malade après une longue léthargie. Nous ne nous flattons pas d'y être arrivés mais d'avoir semé quelques initiatives qui, peut-être, verront le jour. Le colloque a pleinement joué son rôle d'entraînement car, en relisant attentivement les contributions, on s'aperçoit que la notion de cohésion textuelle, que nous avions voulu mettre au coeur de la réflexion commune, s'en trouve singulièrement éclairée. Nous ne nous repentons pas, en somme, d'avoir offert une orientation frappée quelque part de simplisme car elle aura fait sortir çà et là des observations décisives. Nous l'avons laissée telle quelle ci-après(3) afin de permettre à chacun d'apprécier le chemin parcouru. |
Bernard Combettes, hors séance,
avait par ailleurs insisté à plusieurs reprises sur un point
qu'il jugeait décisif pour ne pas se fourvoyer : l'effet de clarté
que nous avions trop tendance à voir à l'œuvre dans une multiplicité
de traits d'évolution syntaxique, ne doit pas masquer que l'on a
affaire selon lui à des niveaux, des étages d'évolution
et de fonctionnement fort différents : la structuration du groupe
verbal obéit à des principes de syntaxe générale
qui n'ont rien à voir avec des considérations conjoncturelles
de clarté.
Contenu
Après l'intervention liminaire de Philippe
Caron, deux grands types de contribution se laissent voir dans ces
actes, certaines communications apportant leur tribut aux deux besoins.Il
y a d'une part des études qui sondent la conscience linguistique
et normative du temps, d'autre part des études qui observent des
pratiques langagières.
Il arrive, et c'est heureux, que certaines
communications mènent parallèlement les deux volets. C'est
le cas des deux premières qui examinent des phénomènes
à portée "transphrastique".
Jean-Pierre Seguin offre ainsi successivement un regard sur la notion de conjonction dans la grammaire de l'abbé Régnier-Desmarais et une investigation limitée mais éclairante sur une ponctuation symptomatique : la succession des deux points et de la majuscule dans un plaidoyer de Patru. La juxtaposition de ces deux zones de son enquête, en apparence disjointes, illustre bien son propos iconoclaste, à savoir que nos outils descriptifs sont inadaptés pour décrire les règles de l'enchaînement qui assurent la cohésion du discours à l'Age classique.
Même alternance fructueuse chez Nathalie Fournier qui montre le divorce entre la pratique anaphorique du temps qui mise, pour le calcul anaphorique, sur la saillance topicale d'un référent et les injonctions normatives qui entendent ne privilégier que la règle de la proximité.
Philippe Caron examine, dans cet ouvrage archi-surveillé qu'est le Quinte-Curce de Vaugelas, des cas où l'auteur, malgré les injonctions qu'il donne par ailleurs dans ses Remarques sur la langue françoise, ne respecte pas ses propres conseils dans l'économie des syntagmes coordonnés. L'Académie française, dans ses Remarques de 1719-1720, pointe ces cas en soulignant ainsi quelques inconséquences de l'illustre traducteur et de ses éditeurs. Ces "inconséquences" ne sont que la preuve d'un état de variation parfaitement visible et normal chez un auteur né au XVIe siècle.
A les bien regarder, les communications de
Bernard Combettes et de Wendy Ayres-Bennett explorent les
deux volets d'un même sujet : le comportement des constructions détachées,
notamment des participiales. Bernard Combettes décrit dans son corpus
des participiales encore largement thématiques, c'est-à-dire
assurant avec le contexte amont une continuité topique, tandis que
Wendy Bennett montre que l'Académie française est déjà
installée dans une vision étroitement "phrastique" (sans
le métalangage) de l'enchaînement textuel qui fait à
l'écrivain l'obligation de rattacher la participiale au sujet de
la proposition dominante en aval. Autrement, dit-elle, cela n'est pas
construit. Etonnant divorce entre une pratique linguistique courante
et les grammairiens du temps. Divorce qui montre, en passant, qu'en effet
l'enchaînement textuel obéit à des lois autres, lois
que ces grammairiens, par leurs injonctions, nous ont masquées.
Dans ces deux derniers
cas, le sentiment linguistique du temps fausse et induit en erreur. Ou
plutôt on peut commettre l'erreur de prendre pour la pratique d'une
époque ce qui n'est qu'un discours de magistère.
Observant un aspect de la syntaxe du groupe verbal, la place de la négation dans le système infinitif, Pierre Gondret observe des cas de variables en cours de changement linguistique.
Deux communications présentent la spécificité de travailler déjà, en avant-première, sur un corpus de textes qui constitue, pour notre groupe de recherche, un échantillon commun. Il s'agit de récits de voyage échelonnés de 1558 à 1630. Nous ne prétendons pas leur donner une quelconque représentativité mais certaines tendances lourdes s'y laissent voir d'une façon si convaincante qu'on peut tout de même en induire que le genre et les auteurs ne sont pas seuls en cause.
Quelques communications, enfin, portent sur des études de variantes, que nous souhaitions fortement encourager car elles peuvent parfois nous renseigner sur des évolutions fines, voire des secteurs à évolution rapide.
Que conclure de cet ensemble de contributions ?
1. Les actes de ce colloque sont disponibles pour la somme de 8O FF aux PULIM, Presses de l'Université de Limoges, 39 E rue Camille Guérin, F87036 LIMOGES CEDEX
2. Programme de micro-syntaxe variationnelle du français pré-classique et classique, avec la participation de Janine Baudry (M.C. Limoges), Philippe Caron (PR Limoges, responsable éditorial), Bernard Combettes (PR Nancy II, responsable scientifique), Michel Glatigny (PR EM. Lille III), Isabelle Landy-Houillon (M.C. Paris VII), Jean-Pierre Seguin (PR Poitiers), Gilles Siouffi (M.C. Montpellier).
3. Voir page 19 le rappel intégral des attendus du colloque précisés dans la première circulaire de 1995.
4. Peeters, Louvain & Paris 1993, Bibliothèque de l'Information Grammaticale 480 p. 8°.
5. Une esthétique nouvelle : Honoré d'Urfé correcteur de l'Astrée (1607-1625). Genève, Droz 1995 444 p. Coll. Travaux du Grand Siècle n°1.
6. Nous tenons à remercier à l'occasion de cette édition, la Ville de Limoges, la Région Limousin et l'Université de Limoges pour leur appui financier. L'IUFM du Limousin nous a offert ses locaux et son environnement chaleureux. Les PULIM et son directeur, l'assistante de saisie, Melle Dayaud, ont droit également à notre cordial remerciement.