Jean-François Féraud
(1725-1807)
 
 
 
 

JALONS BIOGRAPHIQUES
 
 

Les quelques indications données ci-après ne sauraient dispenser de l'oeuvre de référence en la matière: à notre connaissance, nul ne s'est aventuré plus loin dans ce domaine que Jean Stéfanini, compatriote de l'abbé Féraud. Pour sa thèse complémentaire (1) , il a méticuleusement filtré les archives de la région provençale et les sources connues. Le G.E.H.L.F., après avoir édité le volumineux manuscrit du Suplément au Dictionaire Critique, retrouvé en 1963 par P. Larthomas, n'a pas encore réussi à retrouver la correspondance que l'ex-jésuite a entretenue avec l'abbé d'Olivet. Cette correspondance que l'universitaire aixois souhaitait retrouver finira peut-être par revenir au jour mais pour l'heure l'essentiel de nos informations se trouve toujours contenu dans son livre. Nous nous contenterons donc de résumer ici une biographie patiemment reconstituée par lui d'après les informations glanées ici et là.
Né et baptisé à Marseille en 1725, Jean-François FÉRAUD était le fils d'un chirurgien sans doute mieux instruit que d'autres confrères. Nous ne disposons sur sa petite enfance que du nom de ses frères et soeurs. Il fut accepté au collège jésuite de Marseille qui portait le nom de son protecteur, l'archevêque de Belsunce. Dans cette ville portuaire toute dévouée au négoce, l'élève Féraud fut tôt initié non seulement aux humanités mais aussi aux langues vivantes. Sa bonne connaissance de l'anglais trouve peut-être là ses origines. Nous verrons plus loin qu'il en fera usage. D'autre part ce collège faisait une part plus importante qu'ailleurs à la langue française qui, rappelons-le, était loin d'être toujours la langue maternelle des élèves. Les fêtes, le théâtre, les harangues étaient pour les élèves l'occasion de démontrer leur bonne maîtrise de la langue nationale. 
    Tout laisse à penser, d'après la suite de sa vie, qu'il fut un élève studieux et pieux. Par conviction, semble-t-il, il décida d'entrer dans la Compagnie de Jésus. Il fit son premier noviciat à l'âge de 14 ans, comme c'était alors la coutume, et fut ensuite envoyé pour son scholasticat à Besançon, probablement de 1741 à 1745. La mention de certains régionalismes de Franche-Comté dans ses dictionnaires doit  quelque chose à ce séjour. Mais hormis cet intermède, il séjourna toujours en Provence, ne quittant sa province natale vers la fin de sa vie que sous la pression des troupes révolutionnaires. 

 La suite de sa carrière ecclésiastique se passe selon l'alternance attendue de la régence dans les collèges de la Compagnie et de la formation théologique. L'histoire du collège Bourbon d'Aix en Provence garde la mémoire d'un maître Féraud, régent, qui s'illustra de 1748 à 1750 à l'occasion des manifestations publiques du collège. Les dates concordent mais Jean Stéfanini ne peut que suggérer l'identité étant donné la fréquence du patronyme Féraud (p.  31). En revanche il est certain qu'il fit ensuite sa théologie au collège d'Avignon, alors terre papale.  Carrière modeste au demeurant que celle de ce jésuite régent de rhétorique qui ne connut vraiment comme événement marquant (et c'est beaucoup) que l'interdiction de son ordre par le Parlement de Provence en 1763 et l'exil sous la Convention. Rien ne laisse à penser qu'il hanta, tel un Bouhours, la demeure des Grands ni qu'il fit une carrière de prédicateur en vue. Au contraire il affectionnait plutôt le public des humbles et nous savons même de source sûre qu'il refusa de siéger à l'Académie de Marseille avant la Révolution malgré les avances qui lui furent faites. 

Après la suppression de la Compagnie de Jésus en France en 1763, il rejoignit le clergé séculier et exerça, semble-t-il, son ministère à Marseille, sa ville natale. Nous gardons, grâce à sa correspondance, la trace de son passageà Toulon puis à Nice pendant la Terreur. De cette dernière ville il fut à nouveau délogé lorsque les troupes révolutionnaires l'envahirent. Il reprit le chemin de l'exil jusqu'à Ferrare, dans les Etats du Pape. La date de son retour en France n'est pas éclaircie mais J. Stéfanini la fixe à 1795 environ d'après les indices recueillis. 

La fin de sa vie (il mourut en 1807) se déroule à Marseille. Il devint membre non résident de l'Institut naissant en 1797 puis entra à l'Académie de Marseille reconstituée en 1800.  Mais on ne garde de lui aucune trace d'activité dans cette dernière institution. 
    On peut penser d'après les témoignages laissés par l'intermédiaire de l'Académie de Marseille et sur la foi de quelques témoins qu'il mourut dans la gêne, sinon dans la misère. Les ouvrages inédits qu'il laissa furent dispersés et certains, perdus, n'ont été retrouvés que tardivement, comme le supplément manuscrit de son Dictionaire critique retrouvé en 1963 environ par Pierre Larthomas et publié pour la première fois aux Presses de la rue d'Ulm en 1987 pour le deux-centième anniversaire. 
 
 Philippe CARON

 
 


 
(1)Un provençaliste marseillais, l'abbé Féraud (1725-1807).  Gap, Ophrys 1969  coll. " Publications de la Faculté des lettres et sciences humaines d'Aix-en-Provence"  406 p.