DESCRIPTION TECHNIQUE DU D.C.
 
 

PRÉAMBULE

Avant toute tentative de description raisonnée de notre répertoire, il convient de rappeler une évidence: le D.C. n'est pas un dictionnaire général de langue mais un dictionnaire critique comme son titre l'indique. La conséquence immédiate de cette visée critique est que le D.C. ne se tient pas à l'exigence implicite d'exhaustivité maximale que visent plus ou moins consciemment les lexicographes généralistes. Le domaine du D.C. est la correction, la complémentation, la discussion de documents antérieurs. C'est dire qu'il obéit à une demande qui n'est pas celle que vient satisfaire le dictionnaire général. Féraud l'indique lui-même:

Les mots de Comentaire, de Recueuil(sic) , de Remarques suffisent déjà à faire percevoir la spécificité évidente d'un répertoire qui se positionne comme une instance de second niveau par rapport à ses prédécesseurs.
    Cette fonction, avec une structuration fluctuante, fait de l'ouvrage un ensemble de commentaires à géométrie variable qui fait constamment appel à la coopération du lecteur lettré. Son efficacité indéniable la suppose. C'est pourquoi la rétroconversion d'un tel document pose de multiples problèmes. Cette description cavalière se donne donc pour tâche de réduire au maximum l'impression première d'anarchie formelle. Des modèles descriptifs sont à l'oeuvre. Il faut les découvrir avec leurs variantes.
    Nous sommes en présence d'un outil qui, à certains égards, innove dans le balisage des prédicats mais en même temps il n'y a presque aucune régularité observable qui ne se trouve constamment enfreinte à l'occasion. L'aspiration maximaliste qu'on peut avoir en admirant la belle ordonnance de certains articles emblématiques est constamment frustrée dès lors que l'impression première de syntaxe récurrente est à tout moment prise en défaut. Il est à la rigueur possible de faire une typologie des prédicats (presque tous facultatifs par ailleurs) mais il faut dire d'emblée que les modèles de récursivité successivement posés sur le document ont toujours été régulièrement mis en échec.
 
 I/ LES GRANDES RÉGULARITÉS MACRO-STRUCTURELLES
  Nous renvoyons ici à une page-type de ce répertoire 
  - Le D.C. se présente fondamentalement comme une série de commentaires métalinguistiques classés. Le principe de succession est de type alphabétique, sans entorse, hormis un ensemble d'additifs situés à la  fin du troisième volume (1).

- La typographie ordonne de façon régulière la succession de ces commentaires par un repérage liminaire: chaque vedette(2) est visuellement bien isolée par un trait caractéristique: elle est imprimée en  capitales de corps moyen (3) . La lettre initiale a exactement le même format que les lettres subséquentes. Cette caractéristique est importante à souligner car elle est distinctive. Ajoutons que c'est la seule. Par exemple les modalités de passage à la ligne ou de retrait ne sont pas particulières à la vedette, donc au changement d'article. L'étude de cette succession de vedettes constitue une première partie que nous appellerons examen de la macro-structure.

Sur deux colonnes par page, le discours métalexicographique se succède donc de façon continue. Les seules sections sont constituées par les changements de tome, de page, de colonnes ( tous purement contingents), les changements de lettre et les changements d'article indiqués par l'impression d'un ou plusieurs caractères en moyennes capitales romaines ou italiques.   Les "intitulés d'article" que nous appellerons désormais selon le vocable consacré de "vedette" sont de trois types: Pour les vedettes "mots", il arrive de temps à autre qu'elles soient précédées d'un astérisque qui note alors un mot non authentifié par le bon usage.
A partir de maintenant, nous n'allons traiter, pour la clarté de l'exposé, que des vedettes "lexies", réservant la description intégrale des articles "lettre" et "chaînes de caractères" à nos Parties II et III.
  Le  D.C.  groupe ou dégroupe, de façon fort arbitraire, des adresses entre elles. En outre, dans le cas fréquent d'articles à adresses multiples, le mot vedette n'est pas forcément le primitif dont les autres adresses seraient les dérivés. La plus grande anarchie règne à cet égard, traduisant de la part du lexicographe une faible attention à la rigueur morphologique et dérivationnelle de son oeuvre.
  Conclusion: on peut trouver en vedettes successives des mots de même famille lexicale, comme on peut tout aussi bien voir cette relation d'appartenance représentée par un regroupement, total ou partiel. Il ne semble pas qu'on puisse le moins du monde discerner de facteurs théoriques qui déterminent le choix entre des formules aussi variées. A l'évidence cette "épicerie" lexicographique est le cadet des soucis de l'abbé Féraud, par ailleurs fort circonspect sur d'autres chapitres. L'opportunité, la présence d'esprit, la taille de l'article en cours, l'efficacité rhétorique de l'article peuvent jouer en faveur de l'une ou l'autre formule.
 
                2.1.2. Syntaxe de la vedette-mot

Elle est du type suivant:

retrait + (*+espace) + MOT + ponctuation


Cette première observation faite, nous entrons dans l'organisation de l'article proprement dit, c'est-à-dire dans ce qu'il est convenu d'appeler la micro-structure.
 

    3/ EXAMEN DE LA MICROSTRUCTURE DES ARTICLES "MOTS"
 

Si la macro-structure présente déjà des irrégularités, la microstructure présente le caractère apparemment contradictoire d'une extrême liberté doublée d'une efficacité indéniable qui repose sur la coopération du lecteur. La règle de pertinence joue ici pleinement: tendent à être omises les informations jugées évidentes(4), même si par ailleurs Féraud se montre très explicite sur certains points que ses contemporains jugent parfois inutiles. Il est néanmoins possible de diviser la microstructure d'un article "mot" en quatre composants de base dont au moins deux sont nécessaires:

Les trois autres sont facultatifs mais au moins l'un d'entre eux est nécessaire: La structure de l'article "mot" peut donc revêtir les formes suivantes:
                                              
    composant adresse + composant renvoi
    composant adresse + (composant phonético-graphique) + composant définitionnel
 

          3.1. Le composant "adresse"

Relativement régulier dans sa syntaxe, c'est la partie la plus stable de la micro-structure
 
            3.1.1. Les objets

Rappelons que les adresses peuvent être soit une lettre de l'alphabet (voir notre partie II, entièrement consacrée à ces articles particuliers), soit une chaîne de caractères ( Voir notre partie III pour l'étude de ces articles) soit enfin une ou plusieurs lexies ou composants de lexie. Dans ce dernier cas qui va nous occuper désormais, l'adresse, en cas d'article simple, est suivie le plus souvent de sa catégorie grammaticale (5) et éventuellement d'une indication complémentaire de type morphologique ou distributionnel.

Cette structure simple est susceptible de recevoir plusieurs élargissements:

 Résumé: la syntaxe des adresses "mots" est donc la suivante:

(*) +  MOT + (variante de flexion) + (ou + variante graphique) + ( information graphique)  + (indication et glose de provenance) +  (catégorisation grammaticale) +BOUCLE  ( c'est-à-dire récurrence du même schéma)

          3.1.2. Réalisation typographique du composant adresse.
 
Nous avons déjà signalé que la vedette "mot" , qui est également la première adresse de l'article, avait la réalisation suivante:

La suite du composant adresse est la suivante:
Notes à propos de la reconnaissance automatique des objets
 
O/  Nous appellons disjoncteur tout procédé typographique qui balise, c'est-à-dire isole, les différents prédicats métalinguistiques de l'article les uns par rapport aux autres.

I/ Le D.C. utilise d'une façon peu hiérarchisée et parfois cumulable les disjoncteurs suivants:

II/ Cumul III/Hiérarchisation

 
      3.2. Le composant phonético-graphique
 
Présent ou absent, long ou bref, parfois bizarrement placé, ce composant, le plus souvent isolé en amont et en aval par des crochets droits, constitue une innovation tout à fait admirable dans l'histoire de la lexicographie française. C'est pour être utile aux étrangers et aux provinciaux que Féraud l'a adjoint.
 
        3.2.1. Les objets   Les objets isolables dans ce constituant sont principalement mais non exclusivement         3.2.2. Sa position et sa configuration externe sont malheureusement assez erratiques:         3.2.3. L'ordre de succession interne est sujet à variation.  Ce constituant est donc une initiative heureuse mais sa mise en application est constamment irrégulière. On ne peut donc, à cet endroit parler que d'une syntaxe "canonique" qui est la suivante:   mais cette syntaxe, pour être assez générale, est constamment enfreinte çà et là; notamment les deux premiers objets, transcriptions et remarques phonétiques, peuvent être intervertis. Voir APAISER ou ARCHEVÊCHÉ

            3.2.4. Réalisation typographique du composant phonético-graphique  

En dehors des crochets droits, il est possible d'indiquer les régularités suivantes:

  

Notes sur la reconnaissance automatique d'objets

 

     3.3. Le composant définitionnel
 

        3.3.0. Considérations générales

Ce terme de "composant définitionnel" nécessite un éclaircissement préliminaire puisque, dans notre esprit, il y a composant définitionnel même sans définition au sens commun du terme.

Passé le constituant adresse et le constituant phonético-graphique, s'il y en a, le restant de l'article constitue en effet une masse indivisible que nous nommons "composant définitionnel" de l'article. Et c'est le caractère chaotique de cette partie qui nous a conduits à cette position minimaliste: à  cause de la fonction compilatoire et critique du répertoire ( voir notre PRÉAMBULE), la plus grande liberté s'observe en effet à ce niveau. En particulier:

Note sur la reconnaissance automatique des objets dans le composant définitionnel
Deux objets  peuvent être repérés par la typographie:
    - les citations en vers qui sont en retrait et en corps petit
    - les rappels d'adresse ou les renvois lorsqu'ils sont en  majuscule romaine de corps petit
    - En outre, un objet peut être partiellement isolé lorsque Féraud est conséquent: le commencement des exemples ( en dehors des vers déjà cités) est balisé par des guillemets. Mais en l'absence de guillemets fermants, c'est un chercheur qui doit fermer l'exemple car en bien des cas la clôture n'est pas évidente(12). D'autre part des énoncés à statut d'exemple ne sont pas balisés par les guillemets. On peut se demander s'il faut alors suppléer la "négligence " de l'auteur ou du prote. C'est très dangereux. Nous ne saurions nous y prêter sans réticence.
  

            3.3.1. Les objets

  Comme on peut s'y attendre, les indications, souvent très fines, sont de nature fort variée: en dehors de l'appareil définitionnel proprement dit, qui constitue souvent le coeur du discours, on peut trouver le spectre de contenus suivant:

Le tout complété par des exemples pris dans le bon usage ou les mauvais usages; référencés ou forgés; glosés ou pas. Tous ces contenus n'offrent pratiquement pas de présentation uniforme. La codification des abréviations est faible. Coexistent par conséquent plusieurs formes graphiques d'un même mot, descripteur grammatical ou nom propre d'autorité. Enfin pratiquement tous ces contenus sont susceptibles d'apparaître avec un marqueur 'Rem.' ou 'REM.'  sans que ce marqueur indique pour autant un contenu plus nettement subordonné qu'un autre.

            3.3.2.  Syntaxe

Avant d'évoquer la question cruciale de la syntaxe, une première remarque s'impose: les mots en adresse ne sont même pas toujours traités dans l'ordre annoncé (13).  D'autre part la formule d'un tronc commun descriptif, complété par des indications spécifiques à chaque adresse, coexiste avec des développements autonomes, même s'ils font souvent appel à une lecture anaphorique partielle(14).
    Cela mis à part , ce qui caractérise à l'extrême ce composant, c'est qu'il n'y a ni passage obligé par certains contenus cardinaux ni syntaxe prédictible de ceux-ci les uns par rapport aux autre. Certes on peut tracer les contours d'un article-type. Mais il s'agit d'une abstraction qui ne repose que sur les régularités les plus fréquemment observées.

Aussi ce paragraphe est-il, par la force des choses, d'un grand laconisme : nous nous sommes expliqués en détail sur cette question embarrassante dans une communication au titre éloquent: Peut-on relever informatiquement un texte structuralement couché? Selon nous toute modélisation qui viserait à
    - isoler les objets les uns des autres de façon discrète et leur conférer un label de contenu à chacun
    - définir la portée de certains d'entre eux sur d'autres, c'est-à-dire
    - les regrouper dans une arborescence qui rende compte de leurs emboitements hiérarchiques
est vouée à l'échec ou à l'approximation simplificatrice, donc à l'infidélité.

    3.4. Le composant renvoi

Ce composant est le plus simple des quatre : comme nous le disions plus haut, il n'apparaît en tant que tel que lorsque les deux précédents composants sont vides: l'article se borne alors une opération de renvoi à une autre entrée. Il se réalise de la façon suivante: après la virgule qui clôt le composant adresse, on trouve le plus souvent ceci:

Xxxxx  étant une entrée du dictionnaire , avec la typographie caractéristique des adresses.

II/ Les articles prosodiques

III/ Les articles "lettres"


1.  Nous laissons pour le moment de côté la question épineuse du Suplément manuscrit dont Geneviève Seguin a montré déjà la fusion difficile

2.  La vedette est en principe une chaîne de caractères et une seule. Exceptionnellement il arrive que deux chaînes de caractères se suivent avec les mêmes caractéristiques typographiques ( article CANTATE CANTATILLE

3.  Il existe évidemment des exceptions notables à cette règle néanmoins très générale

4.  Un bon exemple est donné à *APOTHICAIRESSE dont la définition n'est pas donnée, du fait des articles précédents (APOTHICAIRE et APOTHICAIRERIE) et qui débute par une marque d'usage: "Il ne se dit que dans les Couvens de filles, et dans les Hôpitaux où il y a des Soeurs pour le service..  A APPAREILLER, Féraud oublie de donner le sens technique du verbe et se contente d'énoncer à son sujet une restriction distributionnelle: En termes de Marine, il est neutre...

5.  Parfois cette information manque. Voir à APANAGER.

6.  La virgule est la ponctuation la plus générale. Le point peut la remplacer ( voir APPESANTIR ou APOINTEMENT). Désormais l'attribut virgule leur servira de vocable générique.

7.  Rappelons que ce rappel d'adresse peut tout aussi bien se faire en italique minuscule

8.  L'article APPARENCE en donne un intéressant contre-exemple. L'article débute par un 1 qui est une définition. Le 2 ferait donc attendre une deuxième acception. Or c'est d'une tournure semi-figée qu'il s'agit il y a aparence que. Le 3 continuent sur cette lancée avec le traitement sémantique de deux autres tournures semi-figées: quelle aparence de et il n'y a pas d'aparence de

9.  Dans deux articles voisins, APERCEVOIR et APETISSEMENT, qui débutent tous deux par une discussion sur les pratiques graphiques, le passage à la définition est annoncé par un double trait pour le premier et un trait simple pour le second.

10.

11.  les indications numériques peuvent ainsi annoncer des acceptions mais aussi une série de remarques

12. Donner ici quelques exemples qui montreraient des relais difficilement décelables entre l'exemple et la reprise du discours lexicographique

13. Voir par exemple à BRACONER

14. Citer ici des exemples de formules a/ canoniques où les adresses sont traitées dans l'ordre b/ interverties c/ à tronc commun

15. Ce mot est ici une approximation car la série numérique donne une impression erronée de parallélisme. On ne peut donc pas dire que cet appareil disjonctif annonce toujours une série d'acceptions