Culture populaire : histoire, mémoire, voix et écriture.
La présence de la littérature de cordel dans la production culturelle et littéraire açorienne.[1]



Carmen Ponte

CEIS20
Universidade de Coimbra
____________________________  

♦ La littérature populaires aux Açores : histoire, mémoire, voix, écriture
♦ La littérature populaire aux Açores : romanceiro, cancioneiro, théâtre populaire, almanach

♦ Les folhetos açoriens: brève présentation




Table des matières





















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… dans les improvisations et dans les folhetos vit toute l'âme du peuple du sertão, avec des traces lointaines des légendes indiennes, des souvenirs africains et l'héritage européen apporté par les Portugais du XVIe siècle .[2]



Si de nos jours, la littérature de cordel constitue encore un objet d'étude de grand intérêt pour les intellectuels et les universitaires portugais, brésiliens et français, cette manifestation culturelle n’a guère attiré l’attention des chercheurs açoriens, raison pour laquelle elle est le thème de cet article. L’objectif n’est pas, ici, de débattre de questions théoriques et méthodologiques concernant le concept de littérature de cordel, puisqu’il s’agit d’une thématique complexe que nous laissons aux spécialistes de ce genre littéraire. Ainsi, notre propos est simplement de saisir la présence et l’importance de cette forme d’expression dans la culture « traditionnelle » aux Açores. Pour cela, notre intérêt se portera tout d’abord sur la littérature populaire à travers l’évocation du cancioneiro, du romanceiro et du théâtre populaire aux Açores, puis, grâce à un travail de terrain, nous nous pencherons sur les rapports entre oralité et écriture que renferment les folhetos açoriens.

La littérature populaire aux Açores  : histoire, mémoire, voix, écriture

La littérature populaire est un sujet aux contours complexes surtout au niveau de la nomenclature, puisqu’elle revêt plusieurs dénominations : certains l’appellent « littérature populaire », d’autres « littérature traditionnelle », d’autres encore préfèrent la nommer « littérature orale populaire » ou encore « littérature populaire de tradition orale ». Manuel Viegas Guerreiro, l’un des grands spécialistes portugais affirme que la « littérature populaire est celle qui circule parmi le peuple, celle qu’il comprend et qu’il aime. Et c’est non seulement le cas de la littérature dont il est l’auteur, mais également celui de la littérature d’origine érudite qu’il adopte ».[3] Et il ajoute :

De la désignation de littérature populaire découlent celles de la littérature traditionnelle et orale. D’un côté, traditionnelle n’est pas l’adjectif le mieux adapté. Traditionnelle, la littérature érudite l’est tout autant, qui persiste dans le temps sans jamais atteindre la voix du peuple ou son usage. Oral, d’un autre côté, contredit littérature, qui en soi veut dire art exprimé en parole écrite, sans oublier que le terme exclut, d’un point de vue littéraire, les productions écrites qui, anonymes ou non, appartiennent au peuple.[4]

Viegas Guerreiro préfère la désignation de « littérature populaire » à celle de « littérature traditionnelle » ou « orale ». Cette définition se rapproche également de celle présentée par João David Pinto-Correia qui la définit da la manière suivante :

La Littérature Populaire pourra être identifiée avec l’ensemble de pratiques significatives de nature linguistique et discursive, orales et écrites, travaillées par la fonction poétique selon les codifications propres à chaque genre et qui sont produites et acceptées, et, donc, transmises par le Peuple (par un ou plusieurs de ses représentants).[5]

Arnaldo Saraiva utilise plutôt le concept de « littérature marginal/isée » qui se définit en opposition à la littérature dominante, officielle, académique et même classique, et vise un certain type de textes qui se différencient par un critère de qualité (ils sont moins structurés, moins élaborés, moins esthétiques, moins conceptualisés et ils ont moins d’ambition culturelle) ou par le mode de production, de distribution, de circulation et de consommation des œuvres.[6] Dans son ouvrage Literatura Marginal/izada, Arnaldo Saraiva problématise le mépris de la théorie littéraire face aux produits discursifs populaires et interroge les limites et les possibilités du champ disciplinaire des études de littérature face à ces objets. Il définit comme « marginales » les littératures populaires et principalement la littérature de cordel. Pour lui, « la littérature dite populaire, ancienne ou récente a été la plus grande victime des nombreux et divers censeurs qui ont existé au long de son histoire – et qui manifestement n’ont pas disparu avec le 25 avril ».[7] Néanmoins, pour cet auteur, la désignation de « littérature marginale » ne reflète pas un jugement péjoratif : « La désignation “littérature marginale” a voulu justement favoriser l’incorporation dans l’espace de la vraie “littérature” de nombreux textes qui étaient ou sont placés “à la marge” de celle-ci,  que ce soit par négligence, par préjugé, par censure, par ignorance ».[8] Parallèlement à la dénomination d'Arnaldo Saraiva, d'autres chercheurs parlent de « paralittérature », d’ « infralittérature », de « sous-littérature », termes souvent utilisés pour accentuer la distance, l’éloignement par rapport à la littérature légitimée, officielle. Néanmoins, ces manifestations poétiques, telle la littérature populaire en vers, sont actuellement, et de plus en plus, des espaces privilégiés de discussion et de questionnement.

Dans le contexte açorien, c’est dans les années 1920, époque d’une affirmation régionaliste et autonomiste, que la culture et la littérature populaires sont valorisées en tant que patrimoine artistique et culturel, socle de l’identité açorienne. A partir des années 20, les intellectuels et les artistes açoriens invoquent constamment l’urgence de recueillir et de préserver les traditions, les croyances et les superstitions, les chansons, le théâtre et la poésie açoriens. Les choses du peuple – contes, légendes, devinettes, vocabulaire, croyances, fêtes, danses, musiques, … - sont précieuses à double titre : elles sont, d’un côté, en voie de disparition et, de l’autre, elles représentent le réceptacle de la culture authentique, le lieu par excellence de la représentation du Peuple et donc la base, le support de la construction et de l’affirmation d’une identité régionale. Des intellectuels et des auteurs açoriens tels que Luis Ribeiro Silva, Luiz Leite de Athaíde, Carreiro da Costa, Padre Ernesto Ferreira, Vitorino Nemésio, Armando Côrtes-Rodrigues, Domingos Rebelo ont été attentifs à la production du peuple et ont pu recueillir, peindre, étudier un nombre impressionnant de textes, de croyances, de superstitions et de coutumes de cette population. Cet intérêt croissant, démontré par ces études et cette production culturelle et littéraire, marque le début de la muséification et de la réification de la culture et de la littérature populaires açoriennes.

La littérature populaire aux Açores : romanceiro, cancioneiro, théâtre populaire, almanach

A ce jour, les recueils du romanceiro et du cancioneiro açoriens ont été rassemblés  essentiellement par João Teixeira Soares, Teófilo Braga (pour ce qui est du XIXème siècle), Diego Catalán, Joanne Purcell, Almeida Pavão, Manuel da Costa Fontes et Pedro da Silveira (pour ce qui est du XXème siècle). On doit la première et l’unique grande collection imprimée des ballades açoriennes aux recherches et aux travaux de l’açorien João Teixeira Soares (1827-1875) – homme politique et chercheur en histoire et anthropologie des Açores – qui, vers la moitié du  XIXème siècle, a recueilli, dans l’île de São Jorge, un grand nombre de ballades, dans le but de les envoyer à Almeida Garrett et de les faire publier dans son Romanceiro e Cancioneiro Geral.[9] Cependant, avec le décès de Garrett en 1854, Teixeira Soares a donné tout le matériel recueilli à Teófilo Braga qui l’a édité en 1869 dans l’ouvrage Cantos Populares do Arquipélago Açoriano.[10] L’américaine Joanne Purcell a également contribué à l’enrichissement du romanceiro insulaire avec un ensemble de plus de mille variantes de ballades recueillies dans tout l’archipel entre 1969 et 1970 :

[…] j’ai fait une collecte linguistique auprès des chasseurs de baleines et des bouffons de la fête du Saint Esprit ; de plus, j’ai enregistré les fêtes religieuses du jour des Rois, la fête de Notre Dame de Lourdes, de Saint Antoine, du Corpus Christi, entre autres, ainsi que les pèlerinages. Dans beaucoup de ces occasions, j’ai pu filmer ou prendre des photos et enregistrer les processions que j’accompagnais ; j’ai de nombreuses variantes d’histoires appartenant au genre de la littérature de cordel et portant sur des événements locaux. Il y a aussi dans ma collection des dictons, des devinettes, des proverbes, des adages, des ritournelles, du matériel concernant le théâtre populaire, des légendes, des superstitions et un grand nombre de contes traditionnels. [11]

Il est important de remarquer que l’isolement entre les populations - et cela est bien visible au niveau des différences de prononciation d’une île à l’autre et même d’un village à l’autre - permet d’expliquer, d’une certaine manière, l’ancienneté des versions colligées et la conservation de thèmes très rares qui, parfois, ont complètement disparu de la péninsule. Par exemple, et selon l’étude réalisée par Manuel Fontes, A Filha Desterrada est un romance exclusivement açorien, les Queixas de Urraca, D. Pedro Pequenino, Bodas de Sangue sont des ballades chantées seulement aux Açores et à Madère.[12] C’est pourquoi Pinto Correia fait remarquer que la région de Trás-os-Montes et les archipels des Açores et de Madère sont les zones les plus riches en termes de production de littérature populaire, argumentant que ce sont des « régions où la machine ne remplace pas encore totalement l’activité manuelle ou dans lesquelles les moyens de communication de masse n’y ont pas encore modifié profondément les habitudes de loisir des communautés ».[13]   

Au XIXème siècle, avec le développement de l’imprimerie, la littérature en vers sous forme de folheto s’est répandue aux Açores. En 1829, à Angra do Heroísmo – île de Terceira – Luz Soriano et Pedro Alexandrino da Cunha imprimèrent typographiquement pour la première fois aux Açores. Les folhetos racontant les histoires de l’Impératrice Porcine, de la Donzelle Théodore, de l’Empereur Charlemagne et ses douze pairs de France, de la Princesse Magalone, de Jean de Calais, entre autres, ont fait également partie du répertoire de la littérature açorienne. Toutefois, selon Carreiro da Costa, les imprimeries açoriennes ont surtout été très prodigues dans l’édition de « petits feuillets et almanachs et, surtout, dans l’édition de livrets aux longues histoires en vers, composées par des poètes anonymes, racontant drames et tragédies survenues dans les diverses îles et qui auront causé le plus grand étonnement parmi leurs habitants. »[14]  Le Romanceiro de São Jorge offre quelques productions littéraires  provenant directement des folhetos de cordel. Des habitants de cette île récitent en 1977 certains de ces folhetos : Se fores freira, serei frade, O dia dois de Agosto, O soldado esperto, O Abecedário do amor. Il semble même que José Inácio Bettencourt da Silveira possédait à cette date-là (1977) le folheto dans lequel il a appris l’histoire du Soldado esperto.[15] L’histoire Caso da Febre Amarela (épidémie qui s’est propagée au Portugal entre 1855 et 1857, à l’époque de Don Pierre V) a été chantée et imprimée sous forme de folheto, comme l’affirme l’habitant/ rapporteur José Inácio Mateus : “José Inácio Mateus, natif de Ponta et résident à Fajã Grande, le connaissait aussi par cœur. Il m’a dit l’avoir appris par cœur, il y a longtemps, à partir d’un feuillet que l’on vendait, quand il était enfant, dans l’épicerie du “Tue-Rats” (António Joaquim da Silveira, poète populaire de Fajã Grande, né en 1859 s’est suicidé en 1891), ou probablement dans celle du “Lòrianino” (Laureano José de Freitas Henriques, de la famille des Freitas Henriques, qui étaient, autrefois, les sergents-chefs de l’île de Flores).”[16]   Il existe au moins dix versions açoriennes de Caso da Febre Amarela.

Il est également important de souligner la contribution des émigrants açoriens aux Etats-Unis et au Canada. Les impressions de folhetos açoriens aux Etats-Unis (Fall River) étaient considérables au milieu du XIXème siècle. A ce propos, certaines productions d’auteurs açoriens comme par exemple Santa Genovena, Casamento Infeliz, Açafate de Flores, Os Homens da Cruz Vermelha, Inês de Castro étaient envoyées et imprimées à Fall River, comme nous le raconte José Leite de Vasconcelos dans Teatro Popular Português :

Mais, grâce à la correspondance trouvée, on sait que Augusto Cymbron Borges de Sousa, a envoyé à M. Leite, en mars 1936, deux pièces de théâtre imprimées à Fall River, en sollicitant, en même temps, pour les Etats-Unis les pièces de théâtre D. Inês de Castro, Santa Genovena e Casamento Infeliz ; la librairie de Fall River a publié  encore les Mártires da Germânia et la Imperatriz Porcina, on conclut donc que ce sont ces pièces qu’il avait envoyées. Le 1er mai de cette même année il a envoyé par courrier trois productions açoriennes de plus, dont deux comédies de l’île de São Miguel et une de l’île Terceira, imprimées aux Etats-Unis.[17]
  
Ces impressions aux Etats-Unis peuvent s’expliquer par le nombre important  d’Açoriens émigrés dans ce pays. Il y a un nombre considérable de pièces de théâtre açoriennes qui ont été recueillies par Guilherme Felgueiras, Teófilo Braga, Maria do Bom Sucesso Teixeira, Aníbal Bicudo, entre autres : João de Calais, Pedro o Cruel, Rei Herodes, Carlos Magno, Sansão e Dalila, Santa Iria, O Conde Luz-Bella, Auto da Santa Bárbara, Contrabandista ou Irmão Vingativo, Drama de José do Egipto, Drama de Dimas e Herodes, Drama do Amor, Virtude e Paixão, A vida de um Miserável, A Escrava Isaura, Santa Serafina, Fábia, Lázaro, Filtro Campestre, Marquês de Torres, Mais Vale Quem Deus Ajuda do que Quem Muito Madruga, A Grande Comédia da Vida de Dona Inês de Castro, Drama do Conde Antoniel. Dans la comédie micaelense (de l’île de São Miguel), l’oralité assume une forme très particulière. Née des textes écrits – principalement de la littérature populaire en vers – le parcours suivi par le théâtre micaelense, de sa création jusqu’à la phase du spectacle, est très divers et suit différentes étapes présentées par Almeida Pavão :

– origine individuelle populaire véhiculée, le plus souvent, par la littérature de cordel ; - version écrite, représentée par le rimeur (qui, dans la plupart des cas est le créateur) ; - transmission orale aux acteurs lors des répétitions ; - retour (facultatif) à la littérature de cordel, en reprenant la forme écrite, qui pourra servir de point de départ ou de modèle à des nouveaux rimeurs. [18]

Pour cet auteur, la littérature de cordel joue ainsi un rôle très important dans cette modalité de théâtre : « […] la littérature de cordel, par rapport au théâtre populaire micaelense, assume un rôle très important, dans une sorte de diffusion que nous désignerions de réciproque, dans la mesure où elle inspire cette modalité de théâtre, en le cristallisant après dans une nouvelle forme écrite. » [19] Cette poésie populaire, lue, déclamée, chantée, interprétée a perduré dans la plupart des îles jusqu’en 1920, pour, ensuite, être progressivement remplacée par la presse, le cinéma et la radio.[20] Un autre genre singulier qui mérite d’être cité est l’almanach, ce livre-feuillet du peuple. Aux Açores, ces almanachs ont une fonction didactique – ils guident, éduquent et divertissent les Açoriens – raison pour laquelle ils continuent encore à être imprimés aux Açores. L’existence des almanachs açoriens date du XIXème siècle : par exemple, il y a eu, entre 1830 et 1832, la publication de A Folhinha da Terceira. De 1904 à 1956, l’Almanaque Açores est publié. En 1917, l’almanach Almanaque do Camponez, créé par Manuel Joaquim de Andrade est encore  publié aujourd’hui (à Angra do Heroísmo, île de Terceira et édité par le Diário Insular). Publié annuellement, il comprend des renseignements spécifiques sur les cultures de fruits, de légumes, de plantes et leurs propriétés, ainsi que le langage des fleurs, les remèdes des ancêtres et d’autres savoirs traditionnels. Il contient également des renseignements divers, tels que des recettes de cuisine ou « des trucs et astuces », les saints du jour et les fêtes annuelles, les saisons et les phases de la lune ; on y trouve aussi des contes, des dictons populaires ou encore des devinettes. À Ponta Delgada, île de São Miguel, Manuel Moniz crée en 2007 l’almanach Almanaque Açoriano dos Fenómenos da Terra, do Mar e do Céu. Ce livret de 32 pages, d’un format de 15 cm x 21cm, contient le même genre d’informations que l’Almanach O Camponez. Imprimés sur du papier journal ou du papier d'emballage de mauvaise qualité et bon marché, les gens y adhèrent facilement et il est disponible dans les librairies à la fin de l’année (d’octobre à janvier). Cet almanach est une version régionale du fameux Borda d'Água national, mais adapté aux us, coutumes et traditions des Açores. Il est consacré à l’agriculture et on y trouve les explications des principales activités agricoles mois par mois. Il contient également les saints du jour et les fériés nationaux et internationaux. Pour chaque semaine, on découvre les phases de la lune et le changement de la marée. Il indique aussi les dates des principales fêtes des villages et des villes de toutes les îles de l’archipel, ainsi que les jours fériés régionaux, municipaux ou encore des proverbes et des histoires populaires. La création de cet almanach s'est inspirée du Calendário Rústico de 1851, publié par la « Sociedade Promotora da Agricultura Micaelense », et se présente comme  défenseur de l’environnement. Force est de constater qu’aujourd’hui encore, ces almanachs sont recherchés par la population açorienne et ce, malgré la quantité et la qualité de l’information mise à notre disposition par d’autres voies – presse, radio, télévision, internet. Les almanachs sont encore aujourd’hui l’un des outils indispensables à l’organisation et au calendrier de la vie quotidienne, notamment des travaux agricoles. Le peuple açorien s'y intéresse et s'identifie à lui, il comprend son langage et lui fait confiance.





Les folhetos açoriens : brève présentation

Cette recherche historiographique sur la littérature populaire menée dans les archives açoriennes m’a conduite, un peu par hasard, à la découverte de quelques folhetos açoriens dont j’ignorais l’existence. Les sept exemplaires que j’ai pu recueillir auprès des bibliothèques locales témoignent de la difficulté à rassembler ce genre de littérature. Il est possible que ce type de folhetos ait disparu au fil du temps, vu qu’il s’agissait de textes qui transitaient de main en main. De plus, une fois lus, ils n’étaient pas conservés, de par leur qualité et leur prix modique, et finissaient donc par disparaître. Des contacts auprès de certains habitants m’ont permis de constater que le folheto de cordel n’est pas présent dans leur mémoire. Le même questionnement auprès de certains intellectuels et chercheurs açoriens a trouvé la même réponse. Il est important de souligner que les études sur les folhetos de cordel aux Açores sont inexistantes. Ainsi, ce travail requiert une recherche plus minutieuse et mérite une étude plus approfondie sur le corpus existant aux Açores. Cependant, on peut faire une première approche de cet objet à partir des folhetos brésiliens et des folhetos portugais afin de découvrir des affinités ou des différences au niveau de la structure, de l’expression populaire, du moyen de commercialisation, ou encore afin de les analyser « non pas comme une littérature écrite, comme elle a été abordée dans la perspective scripturale traditionnelle des érudits, mais comme un art de la voix, lié à la « performance », à la communication entre le poète et l’auditoire, prenant en considération le contexte social, économique, culturel et politique dans lequel elle est produite ».[21]

D'emblée, les folhetos açoriens semblent avoir les mêmes caractéristiques que le folheto portugais ou brésilien. En effet, ce sont de petits feuillets ou livrets de 11 cm x 16 cm, en papier très bon marché avec des couvertures aux couleurs très variées, contenant 8 ou 16 pages (ou plus) et racontant généralement un récit en vers.


Folheto brésilien             Folheto portugais          Folheto açorien

Les sept folhetos açoriens ont été édités entre 1921 et 1960.

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Du point de vue formel, comme nous l'avons déjà dit, les folhetos se caractérisent par un format de onze centimètres sur seize. Certains comportent 8 pages (Uma família infeliz e a Vida do Chico Bagem ; O Funeral dum Grumete ;  A tragédia do Aeroplano Polaco na ilha Graciosa em 13 de Julho de 1929 e o naufrágio da chalupa Maria Eugénia no porto da praia da mesma ilha) d’autres en contiennent 36 (A vida dos emigrants portugueses na República Dominicana) et d’autres encore comprennent une vingtaine de pages (Versos dos dois rapazes que morreram no mar dos Mosteiros ; O incêndio da Igreja e imagem do Santo Cristo da Misericórdia da Vila da Praia da Vitória). La couverture de ces folhetos inclut dans la majorité des cas le titre, l’auteur, la date, le nom de l’imprimerie, ainsi que la ville où il a été imprimé. Ces folhetos açoriens ne présentent pas de couverture illustrée, aspect observé également dans les tous premiers folhetos de cordel brésiliens :

Il est impossible d'évoquer le folheto de cordel sans parler de sa couverture illustrée de dessins, xylographies/gravures, photographies, cartes postales, zincogravures, lithogravures... Si aujourd’hui, la xylogravure est une partie importante du cordel, rappelons que les premiers folhetos étaient dépourvus de couverture. Seuls le titre du folheto et le nom de l'auteur figuraient sur la première page. Ce n'est que peu à peu que les poètes ont commencé à utiliser la xylogravure. En effet, quand les petites imprimeries du Nordeste ont commencé à imprimer les folhetos, les couvertures étaient simplement décorées par des vignettes, comme le montrent les folhetos du grand poète Leandro Gomes de Barros, qui a publié une grande partie de son œuvre sans recourir aux illustrations. […] Le mariage entre le folheto et la xylogravure ne s’est fait que progressivement.[22]

La plupart de ces livrets açoriens racontent une histoire écrite en vers, en général composée de quatrains, une forme utilisée également au Portugal, mais beaucoup moins au Brésil. Concernant le développement thématique des textes, on observe une préférence pour la narration de faits concrets. Ces « folhetos d'actualité », ou « folhetos de reportage » abordent surtout des sujets tragiques, des histoires et des événements mémorables régionaux tels que les naufrages, des noyades. Les titres des folhetos açoriens sont assez longs et offrent un nombre important d’informations et de références qui permettent de comprendre et de connaître le contenu du document. Leur disposition sur la couverture ou sur la première page du folheto obéit à un schéma prédéfini, caractérisé principalement par la position centrale occupée par le titre, l’utilisation de majuscules, les italiques, les mots en gras et la combinaison des caractères de différentes tailles. Ces aspects contribuent, certainement, à la promotion commerciale du document et à attirer l’attention du lecteur. En ce sens, les titres des folhetos açoriens, par la présence d’éléments tels que la nature du texte, le phénomène décrit ou encore les repères spatio-temporels, expriment et permettent d’identifier parfaitement le sujet central du texte. Manuela Fonseca Dos Santos fait remarquer qu’au début de l’ère du folheto (au Brésil) :

le poète-cantador et le poète-cordelista ont utilisé, ou se sont inspirés, des vieux romans écrits en prose ayant comme héros les Douze Pairs de France, Charlemagne, Jeanne d’Arc, Roland, ou encore des thèmes comme celui de l'impératrice Porcine ou la Donzelle Théodore. […] Plus tard, les contenus poétiques du cordel ont évolué vers des thèmes sociaux, culturels, historiques ou religieux à caractère régional et national (brésilien). Les poètes commencent alors à relater dans le « folheto da atualidade » (le feuillet d'actualité) des faits récents et des événements de la vie quotidienne, qui suscitent toujours un grand intérêt chez les gens de la communauté nordestine.[23]

Nous constatons le même phénomène aux Açores. Par exemple, le poète Manuel Espínola da Veiga relate avec beaucoup de précision l’histoire réelle d’une famille décimée dans un poème intitulé Uma família infeliz.

Dans A vida do Chico Bagem, l’auteur raconte, comme le titre l’indique, la vie de cet homme de soixante ans qui exerce le métier de vigie des baleines sur l’île Graciosa. Dans A tragédia do aeroplano polaco na ilha Graciosa em 13 de Julho de 1929, Manuel Veiga raconte l’atterrissage forcé d’un aéroplane polonais tombé en panne sur l’île Graciosa. Comme il n’y avait pas de piste d’aviation sur cette île, le pilote a été obligé d’atterrir dans un champ, ce qui a provoqué  une explosion dont il fut le seul survivant.

L’histoire Naufrágio da chalupa « Maria Eugênia » relate le naufrage sur l’île Graciosa de ce bateau nommé Maria Eugênia (qui transportait du bois de Ponta Delgada, île de São Miguel), dont tout l’équipage a pu être sauvé. Le livret, sans couverture relate également la noyade d’un pêcheur parti en mer, triste scène qui s’est passée sur l’île de São Miguel. O Funeral dum Grumete est également un récit triste qui narre les funérailles d’un matelot sur l’île Terceira.

O incêndio da igreja e a imagem do Santo Cristo da Misericórdia da Vila da Praia da Vitória raconte l’incendie de l’église et de l’image du saint-patron de la localité, dû à l’oubli d’une bougie allumée.

L’histoire Versos dos dois rapazes que morreram no mar dos Mosteiros décrit la façon dont deux jeunes garçons de 29 et 34 ans se sont noyés sur le site des Mosteiros, sur l’île de São Miguel. Le folheto intitulé A vida dos emigrantes Portugueses na Republica Dominicana  raconte la vie, les péripéties et les mésaventures de cinquante Açoriens partis travailler en République Dominicaine.

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Il faut souligner que ces histoires sont construites autour des oppositions entre la vie et la mort, le bien et le mal, la joie et la tristesse, la mer et la terre. D’ailleurs, la religiosité populaire et la foi en Dieu (les appels aux Saints, à la Vierge et à Dieu), l’émigration, l’insularité, la mer, la nature, les traditions açoriennes (le pèlerinage Romeiros de São Miguel, la chasse à la baleine) sont des thèmes récurrents dans les textes en question et sont probablement ceux qui avaient le plus de succès auprès du public. A ce titre, soulignons que tous ces thèmes font partie des traits caractéristiques de l’identité açorienne et reflètent l’image de l’açorianidade, notion créée et formulée par Vitorino Nemésio,[24] l’un des écrivains açoriens de la littérature populaire qui, dans son œuvre, aussi bien dans ses contes et  sa poésie que dans ses romans tels que Mau Tempo no Canal, nous informe souvent sur les coutumes et les croyances du peuple açorien, nous livre des chansons où il fait allusion à des faits et à des personnages de l’imaginaire populaire.

Cinq de ces folhetos présentés précédemment ont été édités à Angra do Heroísmo, île Terceira. Le folheto Versos dos dois rapazes que morreram no mar dos Mosteiros a été publié à São Miguel et A vida dos emigrantes portugueses na República Dominicana a été publié aux Etats-Unis. N’oublions pas que l’émigration est une composante de l’histoire des Açores et l’Açorien émigrant emportait avec lui tout un répertoire de traditions, d’objets, de coutumes et de traits culturels de sa région d’origine.

Au sujet de la question de l’auteur, nous constatons qu’il existe des folhetos anonymes (O incêndio da Igreja e imagem do Santo Cristo da Misericórdia da Vila da Praia da Vitória), d’autres portant le nom de l’auteur et d’autres encore signés sous pseudonyme. C’est le cas de O Funeral dum Grumete signé João Azul, pseudonyme de Gervásio Lima (1876-1945), poète açorien (de l’île Terceira) qui dans ses écrits utilisait divers pseudonymes, tels que “JoãoAzul”, “João das Ilhas”, “João do Outeiro” et “Tomé da Eira”.

Un autre aspect important à remarquer correspond à l’acception linguistique de ces textes. Par exemple, la présence des métaplasmes est récurrente. Dans ces textes, certains mots contiennent des écarts d’orthographe, telles que « Eugênia », « mãi », « rêdes », « pra ». Ces écarts montrent que l’auteur a noté les vers de la même manière qu’il les avait chantés ou écoutés. Il existe également des vocables qualifiés d’« erreurs », mais dont nous savons qu’ils correspondent au parler du peuple. On observe que certaines rimes sont incorrectes dans notre manière de prononcer les mots orthographiés. Il faut également prendre en considération que l’açorien (en particulier le micaelense) – et particulièrement celui de la classe populaire rurale – a des traits caractéristiques de prononciation différents de ceux du langage standardisé. Par exemple si mão rime avec manhã, c’est parce que dans la prononciation on entend , manhã ; si rapidez rime avec Deus, c’est parce que l’auteur disait rapidez, Dês ; si contente rime avec salvamento, ou tanto avec instante, ou encore mezes avec pesos, c’est parce que l’auteur prononçait salvamente, tante, pêses ; si Eugénia  rime avec cena ou pequena, c’est parce qu’on entend Eugéna. Si un infinitif en –er ou en –ir tels que escrever ou despedir rime avec aconteceu, ou partiu, c’est parce que le son consonantique tombe complètement, comme au Brésil (escrevêacontecê ; despediparti) ; si cais rime avec rapaz, c’est parce qu’on entend cás et rapás. On retrouve le même principe avec les diphtongues -ui>u ; ou>oi (gastoufoi foi-chegou). Cette analyse confirme bien que ces textes écrits présentent des indices d’oralité qu’il faut comprendre comme des traces vocales. Ces productions poétiques relèvent de la tradition orale chantée ou récitée, aspect bien visible et même mentionné par les auteurs de ces textes : sur la couverture de O funeral dum Grumete, le poète annonce que l’histoire va être chantée – «  É o que vamos cantar no sabor popular » / «  C’est ce que nous allons chanter à la mode populaire »/. Dans le folheto sans couverture, l’auteur, à la dernière page, nous informe également qu’il a chanté ces vers :

Sem erros não consigo / Sans fautes je n’arrive pas /
Sem erros não posso versar / Sans fautes je ne peux pas rimer /
Sou eu este vosso amigo / Je suis votre ami /
Gilberto Soares Aguiar / Gilberto Soares Aguiar /

Dans O incêndio da Igreja e imagem do Santo Cristo da Misericórdia da Vila da Praia da Vitória, le poète à la fin de son histoire indique que ces vers seront chantés dans les villages, lors des fêtes populaires ou des soirées :

Publicando estas quadras, / En publiant ces quatrains, /
Ao sabor bem popular, / Au ton bien populaire, /
Em vista houve sómente, / Le but était de seulement, /
Este sucesso arquivar. / Sauvegarder ce succès.

/

Heis de ouvi-lo em arraiaes / Vous l’entendrez dans les bals populaires /
Nas grandes tardes de verão, / Pendant les grands après-midis d’été, /
Cantado pelas aldeias / Chanté de par les villages /
No tradicional serão. / Pendant la traditionnelle veillée /

La présentation, suggérée ici brièvement, met en évidence la présence de la littérature populaire en vers dans sa spécificité açorienne. Ces folhetos, héritiers de pratiques narratives et poétiques orales, révèlent les marques de la littérature populaire et présentent des signes apparentés à ceux du cordel. Il est important de réveiller cette littérature, aujourd’hui endormie : issue de la tradition orale, déclamée, représentée ou chantée, elle est un moyen d’expression privilégié de la culture açorienne comme l’affirme l’auteur de O incêndio da Igreja e imagem do Santo Cristo da Misericórdia da Vila da Praia da Vitória, « Qui chante apprend par cœur, et, qui apprend par cœur, n’oublie plus, s’il transmet en chantant ». [25]








Bibliographie
  • AGUIAR, Gilberto Soares, S/T (Compre que vai gostar). S/d, s/l, 8 p.

  • AZUL, João, O Funeral dum Grumete, Angra do Heroísmo. Tip. Insulana Editora, 1926, 8 p.

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Notas

[1]. Ce texte est une première réflexion  - à partir d’une étude de terrain actuellement en cours – en vue de la préparation d’un projet sur la littérature de cordel aux Açores.

[2]. R. Cantel, La littérature populaire brésilienne (2e éd. complétée, revue et corrigée), Poitiers, CRLA, 2005, p. 28.

[3]. « Literatura popular é a que corre entre o povo, a que ele entende e de que gosta. E está neste caso não só a de sua autoria, como a que adopta, de origem erudita ». M. Viegas, Guerreiro, Guia de Recolha de Literatura Popular, Lisboa, Ministério da Educação e Investigação Científica - Fundo de Apoio aos Organismos Juvenis, 1976, p. 5.

[4]. « Com a designação de literatura popular concorrem as de literatura tradicional e oral. Tradicional não é adjectivo preferível. Tradicional é do mesmo modo a literatura erudita, que persiste no tempo, sem nunca chegar à voz do povo ou ao seu uso. Oral, por outro lado, contradiz literatura, que por si quer dizer arte expressa em palavra escrita, além de que literariamente exclui as produções escritas que, anónimas ou não, o povo tem por suas. » Ibid., pp. 5-6.

[5]. « A Literatura Popular poderá ser identificada com o conjunto de práticas significantes de natureza linguístico-discursiva, orais ou escritas, trabalhadas pela função poética conforme as codificações próprias de cada género e que são tanto produzidas como aceites e, logo, transmitidas pelo Povo (por um ou mais representantes). »
J. D. Pinto-Correia, « A Literatura Popular e as suas marcas na produção literária portugesa do séc. XX – uma primeira síntese », Revista Lusitana (Nova Série), 9, 1988, p. 20.

[6]. A. Saraiva, « O conceito de literatura marginal », in Discursos, Lisbonne, Universidade Aberta, 1995, pp. 15-23.

[7]. “ [...] a literatura dita popular, antiga ou recente, tem sido a maior vítima dos muitos e vários censores que têm existido ao longo da sua história – e que obviamente não desapareceram com o 25 de Abril”. Id., Literatura marginal/izada, Porto, Edições Árvore, 1975, p. 106.

[8]. « A designação « literatura marginal » pretendeu justamente favorecer a incorporação no espaço da verdadeira « literatura» de inúmeros textos que eram ou são colocados “à margem” dela, não importa se por incúria, por preconceito, por censura, por ignorância » A. Saraiva, « Nas margens da literatura marginal » in Anne-Marie Quint (dir.), Modèles et Innovations. Etudes de littérature portugaise et brésilienne, Cahiers du CREPAL N°2, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1995, p. 125.

[9]. J. B. de Almeida Garrett, Romanceiro e Cancioneiro Geral, Lisbonne, Imprensa Nacional, 1851, 3 vol.

[10]. M. da Costa Fontes, Romanceiro da Ilha de São Jorge, Coimbra, Biblioteca Geral da Universidade de Coimbra, 1983, pp. 11-12.

[11]. « […] realizei recolha linguística entre os caçadores de baleias e entre os foliões da Festa do Espírito Santo ; gravei além disso, as festas religiosas do Dia dos Reis, a de Nossa Senhora de Lourdes, de Santo António, do Corpus Christi, entre outras, e das romarias. Em muitas destas ocasiões, pude filmar ou tirar fotografias, assim como gravar enquanto acompanhava as procissões. Gravei também cantigas líricas, de baile, de desafio, e de bailes da chamarrita ; e tenho muitas variantes de histórias que pertencem ao género da literatura de cordel e sobre acontecimentos locais. Também há, na minha recolha, ditos, adivinhas, provérbios, adágios, lenga-lengas, material de teatro popular, lendas, superstições, e grande número de contos tradicionais. » Id., Romanceiro Português dos Estados Unidos, Vol. I, Coimbra, Biblioteca Geral da Universidade de Coimbra, 1980, p. 34.

[12]. Ibid., p. 29.

[13]. « […] regiões em que a máquina ainda não se substitui totalmente à actividade manual ou em que os meios de comunicação de massa ainda não alteraram profundamente os hábitos de lazer das comunidades ». J. D. Pinto-Correia, « A Literatura Popular e as suas marcas na produção literária portugesa do séc. XX – uma primeira síntese », art. Cit., p. 27.

[14]. « [...] folhinhas e de almanaques e, sobretudo, na impressão de folhetos com longas histórias em verso, compostas por poetas anónimos, narrando dramas e tragédias ocorridos em várias ilhas e que terão causado a maior impressão nos respectivos habitantes. » C. da Costa, Esboço Histórico dos Açores, Ponta Delgada, Instituto Universitário dos Açores, 1978, p. 278.

[15]. M. da Costa Fontes, Romanceiro da Ilha de São Jorge, Op. Cit., p. 33.

[16]. « José Inácio Mateus, natural da Ponta e residente na Fajã Grande, também o sabia de cor. Disse-me tê-lo decorado há muito de um folheto que se vendia, quando era menino, na loja do « Mata-Ratos » (António Joaquim da Silveira, poeta popular da Fajã Grande, nascido em 1859 e que se suicidou em 1891), ou talvez na de « Lòrianino » (Laureano José de Freitas Henriques, da família dos Freitas Henriques antigamente sargentos-mores da ilha das Flores) ». A. Cortes-Rodrigues, Romanceiro popular açoriano, Ponta Delgada, Instituto Cultural de Ponta Delgada, 1987, p. 16.

[17]. « Mas, pela correspondência encontrada, sabe-se que Augusto Cymbron Borges de Sousa, enviou ao Dr. Leite, em Março de 1936, duas peças impressas em Fall River, ao mesmo tempo que pedia para a América D. Inês de Castro, Santa Genovena e Casamento Infeliz; como a livraria de Fall River publicou ainda os Mártires da Germânia e a Imperatriz Porcina, conclui-se que são estas as peças que enviava. Em 1 de Maio do mesmo ano remeteu pelo correio mais três produções açorianas, duas comédias desta ilha [São Miguel] e uma da Terceira, impressas na América ». J. Leite de Vasconcellos, Teatro Popular Português, Tomo III (Açores), Coimbra, Biblioteca Geral da Universidade de Coimbra, 1974, p. 6.

[18]. “-origem individual popular veiculada na maioria das vezes, pela literatura de cordel ; - versão escrita, representada pelo enversador (que, em muitos casos, é o criador) ; -oralização na transmissão, pelo ensaio, aos actores ; -retorno (facultativo) à literatura de cordel, retomando a forma escrita, que poderá servir de ponto de partida ou de modelo para novos enversadores.” J. Almeida Pavão, Teatro Popular Micaelense. Aspectos genéticos e estruturais, Ponta Delgada, Instituto Cultural de Ponta Delgada, 1985, p. 14.

[19]. « […] a literatura de cordel, em relação ao teatro popular micaelense, assume um papel muito importante, num tipo de veiculação que designaríamos de recíproco, na medida em que ela inspira esta modalidade de teatro, cristalisando-o depois numa nova forma escrita. » Ibid.

[20]. J. Leite de Vasconcellos, op. cit., p. 7.

[21]. M. Fonseca Dos Santos, Apolônio Alves dos Santos : sauvegarde numérique et mise à disposition de l’œuvre du poète pour la communauté scientifique (réalisé sur DVD-Rom), 2006, p. 21.

[22]. Ibid., p. 73.

[23]. Ibid., p. 84.

[24]. Il s’est inspiré des études du philosophe espagnol Miguel de Unamuno (1864-1936) qui a inventé le terme de hispanidad. Vitorino Nemésio (1901-1978), en exprimant sa conscience îlienne, souligne lui aussi comme principaux facteurs l’immensité de la mer et l’attachement à la terre, qui donnent cette sensation d’isolement et de singularité, accentués aussi par les catastrophes naturelles – volcanisme, tremblements de terre, tempêtes – auxquelles les îles étaient soumises. Ainsi, la géographie - d’importance égale à celle de l’histoire dans la formation du caractère açorien - et l’héritage de la “lusitanidade quatrocentista” constituent les facteurs fondamentaux de l’açorianidade selon la vision de Nemésio.

[25]. « Quem canta decora, e, quem decora, não esquece mais, se a cantar fôr transmitindo.» (p. 21)