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Numéro 2 : Vitesse et modernité

(octobre 2000)
 

Le numéro 2 de la revue Modernités russes sera consacré à la question de la VITESSE comme signe de modernité dans les arts du langage, prose et poésie, et dans le discours théorique en Russie.

Si, depuis la fin du XVIIIe siècle, l’histoire semble s’accélérer en Europe et si, selon certains poètes, le vingtième siècle machiniste, urbain et industriel, reconnaît dans la course la nouvelle déité du temps et célèbre la vitesse comme attribut essentiel de la beauté moderne, faut-il imputer cette valorisation du facteur temps dans l’écriture à la seule pression de la vie environnante, avec ses conquêtes techniques qui favorisent la rapidité des moyens de communication ? Si le discours artistique engage une véritable course contre les instruments de mesure du temps, ne faudrait-il pas voir dans ce phénomène de tachygraphie l’effet pressant d’une nécessité intérieure, propre à l’ordre littéraire, et qui dicterait aux auteurs, prosateurs ou poètes, un nouveau langage, un nouveau style, de nouveaux genres, dont l’économie serait désormais fondée sur le critère “moderne” de productivité et de rentabilité esthétiques ? La rapidité d’écriture relève du régime même du discours poétique (au sens large), dont elle interroge en retour les figures productives de sens. Si le principe métaphorique en littérature peut s’interpréter comme l’écriture cursive du génie, l’urgence qui saisit l’écrivain moderne paraît l’indice certain d’une impatience grandissante face aux lenteurs et aux embarras de l’énonciation littéraire traditionnelle. C’est cette tension grandissante entre, d’une part, l’utopie esthétique d’une expression minimale, directe, immédiate et fidèle et, de l’autre, les contraintes d’un discours narratif paresseux, bavard et largement déployé dans le temps que la revue Modernités russes voudrait étudier plus précisément dans son second numéro, à partir d’exemples offerts par la prose, la poésie, le théâtre, le discours théorique et, plus largement, la culture russes entre le XVIIIe siècle et ce XXe siècle finissant.